Behind the Ropes En français Interviews

[BTR#1] « Le catch féminin se régularise et devient simplement du catch » – Killer Kelly.

Le catch est une passion partagée par des millions de personnes à travers le monde. C’est cette passion qui a fait vibrer tant de fans par le passé et continuent à en faire rêver autant, si ce n’est plus aujourd’hui. C’est cette passion qui fait naître des émotions uniques, qui fait exploser de courts instants d’une intensité rare et que nous ne pouvons retrouver que rarement autre part. Tout devient encore plus beau sous les projecteurs et les costumes d’apparat font briller les yeux des enfants comme des plus grands. Les premières notes d’une musique d’entrée nous font nous lever d’un seul homme et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.

Pour autant, connaissons-nous vraiment tous ces acteurs du monde du catch qui mettent en péril leur santé à chaque instant entre ces cordes ? Que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Comment ces catcheurs et ces catcheuses arrivent à tutoyer les plus haut sommets ? Et cette escalade vers les plus grandes fédérations internationales a-t-elle un prix ? Laisse-t-elle des regrets ? Fait-elle entrevoir des espoirs jamais imaginés ?

Il y a deux ans, la rédaction de Direct Wrestling avait lancé une première série d’entrevues nommée Derrière le Ring. Ces rencontres avec les plus grandes figures du catch français avaient rencontré un franc succès auprès de nos lecteurs, mais également auprès des acteurs du milieu catchesque. Deux ans plus tard, la rédac’ revient avec Outside the Ropes, nouvelle série d’entrevues avec des acteurs internationaux du monde du catch. Entre ressentis, doutes, expériences et actualité, la rédac’ est allée à la rencontre de certaines des plus grandes stars du catch actuelles. Passées par certaines des fédérations mondiales les plus reconnues, ayant côtoyées certaines personnes les plus influentes dans le métier, nous sommes allés interroger ces hommes et ces femmes qui brillent actuellement à l’échelle européenne et internationale.

Pour le lancement de Outside the Ropes, ce n’est nulle autre que la catcheuse portugaise Killer Kelly qui est venue s’entretenir avec la rédac’. Grande star des circuits indépendants européens, l’une des têtes de proue de la wXw, participante du WWE Mae Young Classic II ou encore catcheuse récurrente de WWE NXT UK, elle est venue passer du temps avec nous pour se confier à notre micro. Comme vous le verrez, elle a abordé les différentes étapes de sa carrière, sur le catch féminin, sur ce qui se passe dans les vestiaires des grandes fédérations ou encore les « secrets » de sa réussite. Et nous l’en remercions.

Killer Kelly, c’est un plaisir de te recevoir au sein de la rédaction et ce pour la première fois dans le cadre d’une entrevue. Pour commencer, si tu devais te présenter à nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas, que dirais-tu de toi ?

Killer Kelly : Je suis Killer Kelly et je pense que mon nom parle de lui-même. Je suis une catcheuse professionnelle qui n’a pas le temps pour les conneries et qui aime infliger de la douleur à mon adversaire autant que faire se peut. Certains diraient que je suis un peu psychopathe… Et ils n’auraient pas tort.

Clair et efficace. Racontes-nous un peu ton parcours ? Quelles ont été les grandes étapes de ta vie jusqu’à aujourd’hui ?

Crédits : @wXw

Killer Kelly : J’ai commencé sur ma terre natale du Portugal lorsque j’avais 14 ans. De mes 14 à mes 22 ans, je m’entraînais pour le fun et pour traîner avec mes amis, sans aucun but de carrière professionnelle. Mais un an et demi après, pour mes 24 ans, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais pour miser sur le catch. Alors au lendemain de mes 25 ans, j’ai pris l’avion pour un entraînement d’une semaine avec la wXw Wrestling Academy et cinq mois plus tard je me suis installée en Allemagne de manière permanente pour poursuivre ma carrière.

J’ai débuté dans le main roster de la wXw en septembre 2017, avant d’être leur toute première wXw Women’s Champion en décembre, cette même année. En mars 2018 j’ai commencé à catcher en Grande Bretagne puis, en juin, j’ai été la toute première portugaise à catcher à la WWE. En Août j’ai participé au WWE May Young Classic 2 en représentant le Portugal et en Septembre j’ai officiellement signé à la WWE avant de rejoindre le show hebdomadaire NXT UK. Tout ça pour dire que j’ai accompli pas mal de choses qui déchirent.

Comme tu viens de nous le dire, tu as quitté le Portugal pour aller vivre en Allemagne. Peux-tu nous dire ce qui as motivé ton choix et ce que représente la réalité d’une personne qui a quitté son pays pour vivre dans un pays qui n’est pas le sien ?

Killer Kelly : Ce qui m’a poussé à le faire repose simplement sur le fait que la wXw possède la meilleure Académie de catch professionnel en Europe. Je voulais en faire partie donc ma décision a vite été prise. Ça reste un peu difficile de vivre en Allemagne à cause du choc des cultures notamment et également parce qu’il est tellement agréable de vivre au Portugal. Mais il fallait faire des sacrifices pour que je puisse me construire une carrière.

Première portugaise à devenir Championne wXw, première portugaise à catcher à la WWE, tu fais partie des rares catcheuses à représenter le Portugal à l’international. Nous savons que ce n’est pas forcément facile de s’imposer dans le catch international sans être anglophone. Est-ce que ça a été ton cas ou est-ce que au contraire tes origines ont été une force pour toi ?

Killer Kelly : En fait, je pense que c’est à double tranchant. Je dirais qu’être portugaise m’a donné l’avantage d’être différente des autres, mais pour avoir les opportunité qui ont été les miennes, j’ai du travailler vraiment dur et quitter le Portugal, sans quoi je ne serais pas là où j’en suis. Si tu n’as pas d’éthique de travail, si tu ne te donnes pas à fond ou que tu ne prends pas de risques, alors tu n’obtiendras rien en retour.

En France, il n’est pas possible de vivre du catch étant donné que la discipline n’a pas de statut professionnel reconnu par l’Etat. Est-ce aussi le cas au Portugal et en Allemagne ou arrives-tu à gagner ta vie grâce au catch ?

Killer Kelly : J’ai la chance de pouvoir dire que je vis du catch. Avant la crise liée au COVID-19, tous mes week-ends voire certains jours de semaines, étaient bookés pour de nombreux mois à venir et ce à travers le monde. Je vends également mon propre merchandising, ce qui m’aide à avoir des revenus supplémentaires.

Justement, tes différents bookings et ton CV font de toi une représentante à part entière de cette génération de catcheuses côtoyant le très haut niveau, dans certaines des plus grandes compagnies d’Europe et du monde. Pour en arriver là, est-ce que le talent ainsi que le travail suffisent ou est-ce qu’il faut des opportunités particulières, de la « chance », des contacts etc. ?

Killer Kelly : Et bien comme je l’ai dit tout à l’heure, il faut se donner à fond et prendre des risques pour y arriver. Pour certains, cela vient facilement. Mais pour d’autres, ce n’est pas le cas. Des fois, il faut compter un peu sur la chance, tout comme d’autres fois il se faut de forcer le destin. Tout n’est pas rose dans le monde du catch professionnel. C’est un business difficile et il faut être assez têtu pour y arriver.

Pour se donner à fond, tu te donnes à fond puisque tu catches chaque week-end au sein de différentes compagnies, dans différents pays voire sur différents continents. Avec la vie professionnelle que tu mènes et les sacrifices qu’elle demande, arrives-tu à composer entre vie professionnelle, vie familiale et vie privée ? 

Killer Kelly : Parfois c’est dur d’être éloignée de mes proches, mais je savais à quoi m’attendre. C’est surtout difficile d’être en couple avec une personne d’un autre pays qui fait le même boulot, car il arrive que l’on ne se voit pas pendant plus d’un mois… Je suis portugaise et je vis en Allemagne, lui est aux USA. Et même s’il vient souvent en Allemagne car il fait aussi partie de la wXw, ça reste dur. Mais ça fonctionne depuis presque deux ans.

Tu as catché au WWE Mae Young Classic II et au sein de NXT UK, ce qui est un rêve pour beaucoup de catcheuses. A tes yeux et vraiment en deux mots, est-ce un accomplissement de carrière ou vois-tu encore plus grand ?

Killer Kelly : C’était une très bonne expérience professionnelle, mais je veux plus et je vois plus grand pour l’avenir.

Crédits : @WWE.com

Comme nous l’avons dit précédemment, tu as côtoyé le très haut niveau. Peux tu nous dire comment est-ce que ça se passe dans les vestiaires ? Comment vit-on le fait d’être une « nouvelle arrivante » au milieu d’autres professionnels plus installés dans la structure ?

Killer Kelly : Partout où je vais tout est merveilleux dans les vestiaires. Les gens sont très accueillants, sont gentils et dans les vestiaires de la wXw j’irai même jusqu’à dire que nous sommes une famille. Donc je n’ai jamais eu de problème. Mais il est vrai que ça peut être effrayant lorsqu’on est nouveau, car on ne connaît personne et on veut faire bonne impression. Mais en temps normal, tout le monde est super au point de nous faire oublier notre nervosité.

Ces dernières années, le catch dit « féminin » a explosé prouvant à juste titre qu’il n’a rien à envier au catch dit « masculin ». Certains pensent qu’il pourrait aller encore plus haut mais qu’il reste beaucoup de travail à faire. D’autres trouvent que la hype autour de lui est entrain de s’essouffler. En tant qu’actrice du milieu et en quelques mots, quel est ton regard sur la chose ?

Killer Kelly : Je dirai qu’on continue d’avancer et il y a tout le temps de nouvelles têtes qui arrivent. La hype ne meurt pas, le catch féminin se régularise et devient simplement du « catch », ce qui est une étape tout à fait normale.

Crédits : @JoaoCarlosphoto

Le COVID-19 est arrivé sans prévenir et a déstabilisé beaucoup de fédérations et de catcheurs. Est-ce qu’au moyen et long terme cela a remis en questions certains de tes projets professionnels ?  De manière plus générale, comment vis-tu cette situation si particulière ? Nous savons que tu as une chaîne Twitch, peut-on t’y retrouver régulièrement pour t’y soutenir ?

Killer Kelly : Ça a forcément été un coup dur, que ce soit dans ma carrière ou encore financièrement parlant. Avril devait être le mois où je devais me rendre aux Etats-Unis afin de participer à des shows importants et faire grandir ma réputation. J’avais beaucoup de travail prévu et pour moi c’était génial. Mais malheureusement cela a dû être reporté.

Alors je fais de mon mieux pour rester active en m’entraînant quotidiennement, en m’occupant de ma boutique en ligne [NDLR : Vous pouvez vous procurer le merchandising de Killer Kelly ici killerkelly.bigcartel.com et là prowrestlingtees.com/killerkelly] et je me suis beaucoup investie sur ma chaîne Twitch toute fraîche, sur laquelle je streame tous les lundis, mercredis et vendredis à 22h, heure allemande. Bien sûr, j’espère tous les jours que le catch revienne vite pour pouvoir remonter en scelle car ça me manque terriblement.

De nos souvenirs, tu n’as pas encore posé les pieds sur un ring de catch français. En revanche, tu as déjà croisé notre frenchie Amale à la wXw, face à Toni Storm et Walkyrie notamment. Est-ce que tu as déjà envisagé de catcher en France et si oui, avec une idée de ton adversaire potentielle ?

Killer Kelly : Alors, il s’avère que j’ai déjà catché une fois en France. J’ai affronté Viper (Piper Niven) pour le Titre Féminin de la ICW dans un show à Béziers pour l’ABC. Mais j’adorerais revenir et affronter Amale dans son propre pays.

Nous espérons qu’elle entendra ton message ! Pour terminer cette entrevue, quels sont les réseaux sociaux sur lesquels nous pouvons te suivre pour avoir ton actualité ?

Killer Kelly : Vous pouvez me retrouver sur mon compte Instagram, sur mon compte Twitter, tout comme sur mon compte Facebook. Et bien évidemment, sur mon compte Twitch chaque lundi, mercredi et vendredi !

C’est bien noté ! Merci à toi d’avoir pris le temps de nous rencontrer pour cette entrevue et nous te souhaitons une très bonne continuation.

Killer Kelly : Merci à vous d’avoir fait cette interview et de m’avoir accueillie, c’était génial !

Un immense merci au travail de traduction réalisé par Nacir.

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A NOS LECTEURS

Pour tous nos lecteurs, restez connectés à www.directwrestling.com car de nouvelles éditions de Behind the Ropes arrivent prochainement ! D’ici là, vous pouvez  notamment retrouver le premier numéro de Confine ton Catch ! avec Amale, en cliquant ci-dessous :

À Propos de l'Auteur

Luc

Chargé de Communication.
Co-Fondateur de www.directwrestling.com.

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