Confine ton Catch ! En français Interviews

[CTC#2] « Des tentatives ont eu lieu pour régulariser le catch mais rien n’a abouti » – Peter Fischer

Confine ton Catch ! : L’actuelle réalité du catch en France et de ses acteurs suite aux conséquences des décisions prises face au COVID-19.

Depuis plusieurs mois maintenant, le monde entier est frappé par une pandémie ayant poussé un certain nombre de gouvernements à instaurer un confinement pour la population, comme c’est le cas en France. Nous le savons, différents corps de métier restent mobilisés à ce jour afin que le pays puisse continuer de fonctionner « correctement ». En revanche, d’autres secteurs d’activité sont durablement touchés et impactés sérieusement. Le catch, en sa qualité de sport divertissement, fait partie des milieux qui sont actuellement en suspens et fait ainsi les frais de la situation actuelle.

Alors que l’État français a annoncé les prémices d’un déconfinement possible le 11 mai prochain, la rédaction de Direct Wrestling cherche aujourd’hui à aller rencontrer les différents acteurs du milieu du catch en France afin de savoir comment ils ont vécu cette période de confinement, quel impact le COVID-19 a et aura à l’avenir sur le milieu, mais également quelles pourraient être les perspectives d’évolution imaginables à la suite de cette crise.

Confine Ton Catch ! est donc une nouvelle série d’articles, permettant aux lecteurs de Direct Wrestling de réaliser une réelle immersion dans la réalité des catcheurs, catcheuses et promoteurs français. Au travers de ces articles, vous pourrez ainsi avoir l’opportunité de voir rapportés les propos de plusieurs acteurs et croiser plusieurs visions des choses. Les avis multiples des personnalités du milieu catchesque viendront compléter un large éventail de réponses, pour étayer au mieux l’analyse de la situation actuelle de par des regards professionnels et investis.

Pour ce deuxième numéro de Confine ton Catch ! la rédaction de Direct Wrestling a la chance de recevoir un homme  qui a rendu ses apparitions sur le ring plus rares, mais qui demeure encore et toujours un modèle d’application et persévérance pour beaucoup, donc inévitablement l’un des piliers de notre catch hexagonal : Peter Fischer. Dans la plus grande honnêteté, en nommant les choses et ne craignant pas de pointer du doigts les aspects de la discipline étant carencés, l’Artiste est certainement venu livrer l’une des plus riches entrevues jamais écrites par la rédaction.

Prenez le temps de la lire, d’y réfléchir et de la partager, car les propos qui vont suivre n’auront rarement eu autant de sens et de franchise. Profitez-en, croyez-nous, ils sont rares. Notre invité aura le mot de la fin, car en toute humilité, rien ne nous semble nécessaire d’être ajouté. Alors merci Peter et bonne lecture à vous.

Crédits : @KiRi Karma

Peter, une fois encore nous te remercions de partager avec nous ton analyse et l’expérience que tu as depuis de nombreuses années au sein du catch français et européen. Pour commencer, peux-tu nous dire quelle a été ta première réaction lors de l’annonce du confinement, au vu des projets dans lesquels tu étais engagé ?

Peter Fischer : Les événements pour lesquels j’étais engagé, par mesure de précaution, avaient déjà été annulés en amont de la décision, ce qui était prévisible. Donc quand le confinement a été annoncé il n’y avait pas vraiment de surprise de mon côté. Alors déçu forcément de ne pouvoir exercer mon activité, et puis cela fait des revenus en moins à la fin du mois aussi. Mais malgré cette déception, je comprends la décision des différents dirigeants quant aux annulations, en anticipation des directives de notre gouvernement.

Pour tous les français le confinement dure maintenant depuis plusieurs semaines et il est venu impacter nos vies de différentes manières. Nous savons que tu tiens notamment une boutique, alors quelles sont les premières choses qu’il est venu provoquer dans tes habitudes et dans dans ton quotidien ?

Peter Fischer : Professionnellement, deux choses :

  • Etant dirigeant d’entreprise et tenant un commerce spécialisé en nutrition sportive et en diététique, je n’avais plus à respecter les horaires d’ouverture (mon commerce étant en arrêt actuellement).

  • Il a fallu réorganiser mon activité en l’adaptant, puisqu’elle reposait majoritairement sur de l’accueil et du conseil en boutique, mais également en développant les ventes par correspondance via mon site www.onfitshop.com [NDLR : Nous invitons fortement nos lecteurs à aller le visiter ] et en proposant des livraisons à domicile dans un périmètre autour de la boutique. Cela permet de combler les frais de fonctionnement qui s’élèvent autour de 2000 euros, qu’il me faut continuer de payer chaque mois. On ne compte pas la rémunération et les traites fournisseurs qu’il faut sortir aussi.

Le résultat au niveau professionnel est le suivant : Plus d’heures de travail, plus de complications et ce pour beaucoup moins de revenus. Je tiens à préciser, car beaucoup l’oublient, qu’il n’y a pas de chômage lorsque l’on est dirigeant d’une entreprise, nous ne sommes pas pris en charge. Concernant le niveau perso, j’ai la chance (et j’ai fait le choix et j’ai pris les décisions pour) d’habiter dans une région proche de la nature, avec la forêt pour voisine. Donc de ce côté là il n’y pas beaucoup de changements, la vie est tout aussi agréable.

Est-ce qu’avec les semaines qui passent, il y a quelque chose qui te manque et ce malgré le cadre naturel dans lequel tu vis ?

Peter Fischer : Mis à part le fait de partir en show de temps en temps, de faire de longue randonnées en relief, d’aller à la salle m’entraîner, et bien pas grand chose ! Je ne me sens pas beaucoup plus limité… Encore une fois j’ai fait le choix d’avoir une très belle situation géographique.

Et on doit bien t’avouer que nous te jalousons un petit peu, confinés dans nos appartements… Très concrètement, c’est quoi ta journée type pendant le confinement ? Et entre nous, est-ce que la situation actuelle t’as fait te relâcher un petit peu ou continues-tu à te maintenir en forme ?

Peter Fischer : Me maintenir en forme ! En général, je ne me suis jamais beaucoup laissé aller, même si il y a quelques petites exceptions… Mais je suis coach sportif de formation et je tiens une boutique de nutrition alors… Je me lève entre de 5h30 et 7h00 selon la motivation et les tâches à effectuer dans la journée. Je débute ma journée avec une course à pieds le matin (un jour sur deux) et le soir, petit entraînement en renforcement/circuit.

Ensuite, selon les jours c’est soit : livraisons à domicile, préparations et envois de commandes, travail de référencement et d’ajout de produits sur le site internet, réception de commandes, comptabilité, projet de développement, travail sur réseau… Bref j’ai de quoi remplir mes journées comme il faut et devinez quoi ? Même avec deux mois de confinement je suis toujours en retard sur mes tâches…

Effectivement, ça à l’air de te faire des journées bien denses… Maintenant si tu le veux bien, rentrons davantage dans le vif du sujet. Nous savons que c’est une période difficile à vivre pour le catch et ses acteurs. Le COVID-19 et les mesures de confinement sont notamment venus provoquer des annulations ou des reports de shows, donc de bookings. Pour le cas qui est le tien, ta boutique est ta principale activité. Pour autant, est-ce que cette situation t’as impacté sérieusement, que ce soit financièrement, au niveau de tes projets, de ton engagement avec des structures ou des partenaires etc. ? 

Peter Fischer : Non cela ne m’a pas impacté énormément. Alors soyons honnêtes et transparents, le catch est devenu pour moi une activité secondaire depuis un moment, je le fais par passion et pour un revenu supplémentaire, mais vis à vis de mon statut actuel et des projets professionnels je ne pouvais plus me permettre d’être sur la route toutes les semaines, donc l’impact a été minime à ce niveau là.

Ensuite, pour ceux ou celles qui seraient assez fous pour avoir le catch comme activité principale (je l’entends au terme économique, en tant que « salaire »)… Sérieusement ?! Il est bon de rappeler que le catch n’est pas déclaré en France. Pas de chômage, pas de sécurité et pas de points retraites… et pas d’aide en cas de crise sanitaire. Il faudrait quand même être sacrément con(ne) non ?

Ça a le mérite d’être très clair ! Justement, un certain nombre d’économistes craignent une crise financière après le confinement. Est-ce que tu peux craindre pour le monde du catch en France, mais même plus largement au niveau européen ou mondial ? 

Peter Fischer : Et en plus le confinement n’est pas terminé, loin de là. Beaucoup parlent déjà d’une deuxième période cette année, un pic après l’été. Donc côté événements comme côté chiffres d’affaires (qui représente la rémunération pour un dirigeant), considérez que cette année est belle et bien foutue. Pour autant, je pense que les « grosses » structures [NDLR : concernant le catch international] bénéficieront toujours des aides de l’Etat. Lorsque vous employez un nombre considérable de personnes, que vous injectez des impôts et taxes dans l’économie locale, il est normal d’être soutenu pour ne pas risquer une crise plus importante (chômage technique de masse, perte financière au niveau de la collectivité etc).

Cependant côté catch français… Et bien… Y a t-il des employés ? Non… Sont-ce des sociétés ? Non… Il s’agit juste de structures associatives culturelles, non ? Donc normalement il n’y aura aucune compensation et elles reprendront quand cela sera autorisé comme tout rassemblement sportif. Donc oui, côté shows et bookings, l’année 2020 est très inquiétante.

Tu nous permets de créer une transition parfaitement adaptée ! Au vu de ce que tu viens de nous dire, quelles pourraient être les répercussions de cette crise devrait avoir sur le paysage catchesque ? Penses-tu que cela peut provoquer la fermeture de certaines structures, la fin de certaines carrières ou l’abandon de certains projets ? 

Peter Fischer : Encore une fois soyons très francs sur ce point. On compare les structures de catch français à des entreprises… Je n’ai vu aucune d’entre elles sur société.com. On parle de structures associatives qui n’emploient pas de personnels mais qui bénéficient de l’aide de bénévoles (merci à eux!) et qui défraient des personnes se produisant dans un ring. D’un point de vue statutaire, elles ont la même valeur qu’un club de foot qui fait des rencontres amicales le dimanche. Et souvent, il y a aussi « Bébert » au barbecue avec sa bière ! [Rires].

Mais plus sérieusement, non je ne pense pas que les « structures » vont fermer car encore une fois ce sont des associations et la grande majorité des présidents d’associations ont une activité professionnelle principale. Arrêtons de nous croire dans Smackdown Vs Raw ! On reprendra les shows parce qu’à moins que le président d’une de ces associations se soit engagé personnellement en investissant dans un show à la recette, rien ne coulera. La plupart vendent leur show aux communes ou à des tiers (comités d’entreprises, associations sportives ou culturelles). Donc cette année, ils ne vendront rien, certains vont devoir combler le manque de revenus personnels tandis que d’autres se verront obligés de rattraper les dépenses d’annulation, mais c’est tout. Vu que ce sont des associations et qu’elles n’emploient personnes… Il n’y aura aucun impact en France.

Pour les fins de carrières c’est autre chose. Il peut y avoir une baisse de motivation et d’autres perspectives pour certains ou certaines. Enfin, peu de catcheurs en France peuvent parler de « carrière »… Je parlerais plus, pour ma part, de parcours.

Merci pour cette réponse complète, elle permet à tous nos lecteurs d’y voir plus clair dans tout ceci. Continuons sur cette lancée avec notre interrogation suivante. Est-ce que selon toi les conséquences du COVID-19 sur le catch français et ses acteurs auraient pu être minimisées ? Nous entendons par là le fait que d’après tes dires, l’année 2020 pourrait être une « année blanche », financièrement parlant.

Peter Fischer : Je pense que oui… Si les grands acteurs ou certains grands acteurs du catch en France s’étaient employés, pendant toutes ces années, à régulariser notre situation, à investir, à regrouper des compétences (en dehors de l’aspect catch), à nous donner un véritable statut professionnel, alors nous aurions été plus légitimes, que ce soit catcheurs comme dirigeants, à aller réclamer une aide, une compensation financière à l’Etat… Je le sais car étant dirigeant, j’ai droit à une aide pour combler mes frais de fonctionnement.

Crédits : @Pikagreg Photography

A la place, la solution de facilité choisie par la plus grande majorité des acteurs actuels (je ne connais pas les autres) a été la suivante : créer une association et payer tout le monde en « défraiement ». Des tentatives ont eu lieu pour régulariser notre discipline, mais rien n’a abouti, que ce soit par manque de persévérance et de solidarité dans le milieu. Et nous aussi, workers, sommes responsables du fait de ne pas avoir fait front ensemble pour que les choses changent. On a préféré prendre la lumière et les opportunités…

Mais alors penses-tu qu’à la fin de cette crise, il faudra organiser le paysage autrement, le structurer différemment, de manière à ce que les acteurs du catch puissent être couverts par un système de protection sociale si une nouvelle période comme celle-ci arrivait ? Plus que « il faudra » , est-ce que cela te semble possible ?

Peter Fischer : La question se posait et devait se poser même avant la crise. Tout le monde, en tout cas tout ceux avec assez d’expérience, de talent et de bookings, devraient être dans un ring chaque week-end et passer le reste de la semaine à s’entraîner, récupérer et/ou gérer une activité en lien avec le catch. Nous ne devrions pas avoir à faire quoi que ce soit d’autre comme activité. Ou alors parce que nous pouvons nous l’accorder comme activité annexe… Maintenant, est-ce que cela semble possible ? Connaissant les acteurs actuels, et malgré ma sympathie pour certains d’entre eux, non. Ou alors… Il y aurait un cas de conscience ?

En tout cas celui ou celle (Tiens, pourquoi pas une femme pour une fois, qui pourrait être celle qui changerait les choses) qui tient à régulariser son activité et par la même occasion, à régulariser une partie du milieu (Car rappelons une fois encore qu’il ne s’agit pas de fédérations mais de structures indépendantes, donc que chacun gère comme il veut), alors comme je le dis toujours, je me tiendrais à sa disposition. Et si projet sérieux il y a, c’est à dire avec une feuille de salaire (Attention, on ne parle pas de CDI ou CDD, soyons clairs. Simplement d’un cachet d’intermittent pour une prestation, qui ouvre droit par la suite au chômage, à la sécurité sociale etc.), et si la personne est intéressé(e) par mes services dans le ring, je m’engage, sans scrupules et sans regrets à annuler toute date où je ne serai pas déclaré.

Le message est passé et il est on ne peut plus clair ! Faisons un dernier point pour fermer ce chapitre : Très concrètement, comment imagines-tu la suite et comment te projettes-tu face à l’avenir ?

Peter Fischer : Du côté du catch, au vu de l’année vide qui très certainement se dessine, c’est le moment de lancer des projets et de préparer 2021. Pourquoi pas avec quelque chose de régularisé… avis aux présidents d’associations ou à tout autre entrepreneur compétent ! Du côté de ma boutique, je continue de me développer. L’activité commençait à trouver son rythme mais a été stoppée nette, donc je me réorganise et planifie quelques changements cette année. Mais je ne vais pas lâcher car mes efforts et tout le soutien obtenu, que ce soit de la part des connaissances, des clients ou du côté catch, collègues comme fans (Merci à vous !), commencent à porter leurs fruits. Un autre projet est également en cours de route, à valider une fois établi. Mais c’est secret et ce n’est pas du catch !

Crédits : @Pikagreg photography

Pour terminer cette entrevue, concernant les fans qui veulent s’investir, soutenir les catcheurs et les structures en France, que leurs conseilles-tu de faire ?

Peter Fischer : Déjà, MERCI à vous ! Ensuite, et bien si j’étais taquin, et pour faire un peu le tri entre ceux qui veulent réellement changer les choses et ceux qui ne veulent qu’une rente du catch, je dirai que vous pouvez faire pression sur les présidents d’associations pour nous régulariser et pour donner un statut à l’activité. Je le répète encore une fois, nous sommes aussi responsables de notre situation. Si vous travaillez dans l’administration française ou que vous avez de quelconques compétences au niveau juridique, vous pouvez aussi proposer vos idées, vos démarches, vos suggestions à tout président qui serait à l’écoute et qui serait également tenté de changer les choses durablement.

Ensuite à nous, catcheurs, catcheuses, workers, de prendre nos responsabilités par la suite et de nous engager personnellement à soutenir ce genre d’initiatives (au travers d’exclusivités sur le territoire français à moins d’être déclaré également dans d’autres structures, par exemple). A vous, médias du catch, de mettre en avant par la suite ce genre de structures régularisées. Et enfin à vous, fans et curieux, de soutenir cette ou ces structures et pourquoi pas, de boycotter les autres… Finalement, ce sont des efforts communs mais quelqu’un va devoir montrer l’exemple et selon moi, ce quelqu’un se doit d’être le dirigeant.

Pour nos lecteurs, restez connectés à www.directwrestling.com car dans les prochains jours, de nouveaux numéros de Confine ton Catch ! arriveront avec d’autres invités exceptionnels !

EN ATTENDANT

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À Propos de l'Auteur

Luc

Chargé de Communication.
Co-Fondateur de www.directwrestling.com.

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