Derrière le ring News

« Je suis très exigeant pour le Catch en France et on se doit tous de l’être », Sturry.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
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Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
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Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci.
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Aujourd’hui c’est une entrevue particulière car elle ne concerne pas un catcheur. Pour cause, ce n’est nul autre que le célèbre Sturry, youtubeur star pour les fans de catch et commentateur français, qui est venu s’entretenir derrière notre ring. Ce dernier est revenu avec nous sur sa carrière, ses déceptions, ses projets et a accepté de nous faire rentrer dans sa bulle, dans son intimité et dans le ressenti de son métier. Et nous l’en remercions.
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Est-ce que tu peux revenir un peu sur ton (grand) parcours, m’expliquer les différents changements que tu as vécu et les raisons qui ton poussé à ce changement ?
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Sturry : J’ai commencé ma carrière en tant qu’arbitre. Je suis rentré dans le milieu du catch à 21 ans. J’ai officié de 2007 à 2009 à la ICWA et j’ai suivi une formation de catcheur à l’INFC aux côtés des Peter Fischer, Lucas Di Léo que vous connaissez sûrement. C’est à partir d’avril 2009 que j’ai pris mon envol en tant qu’indépendant pour aller travailler librement vers d’autres structures comme arbitre mais aussi comme catcheur en fonction du travail qu’on me confiait. Et en parallèle j’ai participé activement au projet « N’Catch » qui visait à créer des affiches inédites en France entre catcheurs de différentes structures et surtout promouvoir des talents méconnus de la scène française à l’époque.
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J’ai ensuite fait une grosse pause suite à une blessure au genou tout en gardant un pied dans le milieu, Marc Mercier m’a proposé de me tester en annonceur, un des rares poste que je n’avais pas encore occupé, je m’y suis plu et j’ai continué partout où l’on m’appelait à partager mon expérience backstage et à promouvoir le Catch en France. Fin 2014, j’ai créé la chaine C’est ça le Catch pour aller à la rencontre de la communauté Catch, d’abord par le biais du gaming puis par des émissions plus généralistes toujours dans cette optique d’élargir la vision des fans sur ce qu’est le « Pro Wrestling », leur rappeler qu’il y en a aussi en France et que nous avons des talents qui méritent leur soutien.
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Alors justement, comment s’est passée ton aventure N’Catch ?
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Sturry : N’Catch a tourné de 2009 à 2013 avec une trentaine de shows à son actif, une école de catch et au final pas mal de fun ! Avec du recul et de la maturité, je dirai qu’on a peut-être été trop ambitieux à l’époque, parfois trop naïfs, mais nous avions réussi à répartir des rôles très précis sur les tâches à exécuter quand on gère une structure : Une tête à l’économie, une tête à la communication, une tête à la formation, un binôme au booking composé de Norbert Feuillan et moi, qui nous a valu de belles engueulades qui scellent encore plus l’amitié.
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En 2010, N’Catch a participé notamment au Fan Festival de Mézières les Metz qui m’a valu d’ailleurs de perdre quelques cheveux des légendaires ciseaux de Brutus Beefcake, 4 Week-Ends énormes à Paris Manga et une altercation avec Christopher Judge (Teal’c de la série Stargate SG1) mais aussi l’expérience de vivre auprès de noms comme Tommy End, Jonathan Gresham et tout un crew de catcheurs venant des 4 coins de la France qui avaient les crocs et qui se donnaient à fond dans le ring.
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Je ne regrette rien de cette expérience, que ce soit dans sa réussite mais aussi son échec, la vie du locker room est assez unique, que ce soit les bons ou les mauvais moments. Quand j’y repense, je n’avais que 27 ans quand j’ai tout arrêté mais ces 4 années m’ont tellement apporté d’un point de vue personnel que je tire une force et un enseignement de chaque étape vécue, et les gars Backstage qui me connaissent vous le diront, j’ai une mémoire terrible pour me souvenir de tout.
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Et avec le recul, est-ce que tu aurais envie de retenter l’expérience aujourd’hui ?
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Sturry : Aujourd’hui, non, plus avec mon emploi du temps actuel. Et sincèrement y’a déjà pas mal de bonnes machines en France, au lieu de relancer quelque chose à coté, pourquoi ne pas aider ce qui existe déjà ?
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Très juste. Après cette expérience N’Catch, tu es devenu l’un des youtubers catch et gaming WWE les plus suivis en France. Dis moi un peu… Qu’est-ce qui fait que ça marche tant selon toi ?
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Sturry : Oula ! La fameuse recette pour percer sur le Tube ! [Rires] Ecoute je n’en sais rien moi-même à part dire que j’y consacre beaucoup de temps et de rigueur. Pour citer Mr Philippe Chereau, « ne pas se prendre au sérieux mais faire les choses sérieusement ». Ce qui est important aussi je pense c’est que je n’apporte pas que ma propre vision, mais aussi celle de Norbert Feuillan qui a une longue expérience avec le Catch, Rabbi Mantaur qui est incroyablement divertissant, Flo et Ludivine qui m’accompagnent à chaque 3CFM sont d’une aide et d’un apport remarquable, et le fait de s’appuyer sur les auditeurs est un excellent point pour ne pas avoir un regard étriqué.
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Et je me sens encore plus proche des fans de catch, je comprends leurs coups de gueule, je crie de joie avec eux, qu’ils soient fans de longue date ou pas, qu’ils élargissent leur expérience vers la NJPW, les indy ou non, même ceux qui regardent le catch de manière ultra occasionnelle m’apportent énormément. Je pense tout simplement que ce bonheur que vous m’apportez et cette passion qu’on vit ensemble transparaît un peu dans ce qu’on fait, du coup vous êtes venus et je vous en remercie.
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Et à quel moment tu t’es dit : « Je vais monter ma chaîne et mon émission » ? 
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Sturry : Quand j’ai eu une PS4 ! En fait j’avais déjà envie vers 2011-2012 de tenter l’aventure sur Youtube mais à l’époque j’avais peur que mon implication dans le catch ne soit pas une bonne chose pour digresser sur l’actualité WWE ou autre. J’avais cependant déjà participé à quelques émissions de radio comme Catch FM, l’ancêtre de 3CFM qui accueillait régulièrement des acteurs du milieu et je regardais déjà à l’époque les let’s play ou autre vidéo de gaming.
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Du coup, fin 2014, j’ai sauté sur WWE 2K15, j’ai branché mon micro de Guitar Hero en USB et je suis parti à l’assaut du mode « Carrière ». J’ai pris aussi le pari de créer dans le jeu des vidéastes francophones connus pour les faire participer à des combats improbables. Les retours étant sympa, j’ai continué de parler de catch au travers de différents formats, réuni une équipe pour multiplier les avis, et cet équilibre entre tout nos intervenants a probablement fait que vous êtes restés et que vous êtes encore nombreux à nous rejoindre.
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Vient le moment de la question « indiscrète » dans le Youtube Game… Arrives-tu à engranger assez financièrement pour arriver à arrondir tes fins de mois ou peut être commencer à en vivre ?
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Sturry : Alors je profite d’être interrogé à ce sujet pour évoquer sans tabou l’aspect financier : Quand j’ai débuté l’aventure, j’avais pour règle d’or de n’investir que ce que je gagnais, j’avoue avoir néanmoins enfreint la règle pour investir dans un PC bien plus puissant que celui de mes débuts, mais ce sont des frais qui se sont amortis avec le temps. Je ne cherche pas à vivre de ma passion, mais être actif sur les réseaux sociaux, Youtube, demande du temps et de l’argent.
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Pas besoin de te faire un dessin : matériel informatique, matériel audio, matériel vidéo, sources d’informations, déplacements, tout à un coût et je tiens des comptes précis pour que tout ce travail soit au mieux réinvesti pour apporter du contenu et de la consistance à notre travail. C’est ça le Catch tourne comme une association à but non lucratif en quelque sorte. Maintenant je ne te cache pas que si j’avais l’opportunité d’en vivre ce serait avec plaisir, mais je pense que ça passerai par beaucoup trop de sacrifices que je ne serai pas prêt de faire.
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Merci pour cette réponse sans langue de bois. Avec ton expérience, quelles sont selon toi les grosses difficultés dans tout ce que tu fais ?
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Sturry : Le Temps ! A coté de « C’est ça le Catch » j’ai un travail à 40 heures semaine, ma vie privée, ma famille, mes activités dans le catch en France… et ma santé que je délaisse bien trop souvent. Je bouillonne sans arrêt d’idées et je m’embarque tellement souvent dans des concepts trop complexes à gérer, c’est frustrant comme pas permis.
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En parlant de bouillonner d’idées, tu as animé récemment une émission pour parler de la place et du rôle des sites d’info catch en France. Toi qui est en même temps dans le milieu et dans l’actu catch, qu’as tu as en dire ? Doit on faire partie du milieu pour commenter ? Doit on avoir forcément toutes les ficelles du métier pour donner son avis ?
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Sturry : Alors, qu’on soit clair, c’est un point que je défendrai toujours, tout le monde a le droit d’avoir un avis, une opinion sur le catch, qu’il y ait mis un pied dedans ou non. A un moment, tu regardes, tu consommes un produit, tu as le droit d’aimer, de ne pas aimer, de dire ce que tu apprécierais, et j’encourage tout le monde à le faire et à respecter les avis des autres s’ils sont construits.
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J’ai conscience d’être moi-même trop affirmatif sur certains de mes jugements, mais c’est la passion qui me guide et je répète suffisamment que l’objectivité n’existe pas dans le catch. Si vous êtes seul à aimer Jinder Mahal, criez le fort, ne rejoignez pas la masse, c’est ce qui rend l’idée du catch passionnante ! Maintenant pour ce qui est des vestiaires, de la politique interne au catch, les pros ont souvent du sel pour les fans, c’est de bonne guerre. Ils détestent qu’on leur dicte leur manière de bosser, et je pense que c’est valable pour n’importe quel corps de métier.
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Les réseaux sociaux ont aidé à entretenir ce « froid », la multiplication des Shoot Interviews, autobiographies des workers, même les docu-portraits produits par WWE ont dévoilé tellement de choses sur les backstages que le fan a l’impression de tout connaitre. J’ai 11 ans de vestiaires derrière moi, j’ai côtoyé beaucoup d’athlètes de réputation internationale, mais j’ai côtoyé aussi beaucoup de fans, je suis incapable de prendre parti pour les uns ou les autres et ça me va très bien ainsi.
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Et en même temps, as-tu des choses à reprocher à ces sites d’infos catch en question ?
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Sturry : Je n’ai rien à redire, chaque site aborde les sujets ou rapporte les news avec professionnalisme. J’entends certains chipotages mais l’essentiel est là, j’essaie moi-même de varier mes sources le plus possible.
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D’accord. Dis-moi, après ton parcours plutôt anodin dans ce milieu du catch, quelle en est ta vision aujourd’hui ?
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Sturry : J’ai 32 ans, je regarde du catch depuis mes 5 ans, je suis rentré dans un vestiaire à 21 ans. Même si je râle souvent, je n’ai loupé aucun PPV de la WWE, j’ai fait des tonnes de rencontres que ce soient des fans ou des pros. Certains sont devenus et sont encore mes meilleurs amis et j’ai même rencontré celle qui partage ma vie depuis bientôt 10 ans grâce au catch. Ma vison est simple, je suis reconnaissant pour tout ce que le catch m’a apporté et j’essaie de lui rendre. Bon j’avoue, ça fait très « Sujet » de Confessions Intimes dit comme ça, n’allez pas me balancer aux Maisons de Production, je n’irai pas me montrer là-bas [Rires].
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Allez, marché conclu, on fait comme ça ! [Rires] Dans tous les projets que tu mènes aujourd’hui, y a-t-il des fois où tu as eu envie de tout arrêter ?
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Sturry : Oui, il n’y en a pas eu qu’un d’ailleurs, je suis d’un naturel calme et patient d’habitude, mais il m’arrive d’être aussi impulsif. Heureusement que je suis bien accompagné dans mon quotidien. On revient toujours au problème de temps et d’équilibre, mais plus ça avance, plus je conjugue aussi avec la fatigue et ma santé.
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Une question me traîne en tête depuis un moment… Est-ce que ce n’est pas délicat à certains moments, de tenir un discours cash à propos de certains catcheurs dans tes émissions, et d’aller travailler avec eux au cours d’un show ?
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Sturry : Non, et ça ne l’a jamais été. Un Catcheur doit savoir encaisser la critique. Ce qu’on fait sur Youtube n’est pas juste de lâcher un commentaire négatif, on a un débat de fond, le plus possible j’espère. Je suis très exigeant pour le Catch en France et on se doit tous de l’être, si on continue à se voiler la face et applaudir des trucs moyens voir mauvais dans le ring, on n’avancera pas et la machine n’avancera pas non plus.
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J’aime beaucoup cette manière de penser ! Allez, je te ramène un peu dans ce Confessions Intimes… Comment ton entourage proche vit ta passion pour le catch et tout ce que tu mets en place autour de ce sujet ?
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Sturry : Forcément il y a la curiosité que vous devez tous connaitre, mais en général ça se passe très bien. J’adore quand mes proches ou collègues abordent le terrain de vrai ou du faux dans le Catch, ça me permets de leur demander ce qu’ils ont vu à propos du catch et je leur demande souvent ce qui les fait encore douter de leur question.
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Est-ce qu’à la place que tu occupes, il y a des rêves que tu as pu accomplir pleinement, d’autres que tu as délaissé et quels sont ceux qui te restent ?
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Sturry : En quelques années, j’ai accompli et vécu beaucoup de choses que je pensais inaccessibles, pour ça je suis éternellement reconnaissant. Et pour l’avenir il y a encore tellement à accomplir, j’aimerai aller au Japon, aux Etats Unis, peut être un jour qui sait ? Mon rêve le plus fou serait de voir une scène Catch très forte en France, je suis admiratif de ce qui se passe en Allemagne, en Angleterre, en Irlande et en Ecosse.
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Je crois qu’on l’espère tous ! Tu me parlais de ton gros emploi du temps, alors qu’est ce qui fait que tu acceptes des bookings aujourd’hui ?
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Sturry : Ce sont déjà mes disponibilités, les promoteurs avec qui je travaille savent que je ne suis pas très exigeant en terme de salaire, je ne prends pas les même risques que les athlètes dans le ring. Je ne fais pas de discrimination avec les structures, j’adore d’ailleurs bosser sur des shows en plein air lors de fêtes foraines, l’ambiance est souvent détendue et c’est toujours l’occasion pour les catcheurs de divertir autrement que dans les importantes rencontres en salle attendues par les fans. Après oui je suis « select » avec certaines structures, je ne cours pas après le travail. Si j’ai un passif avec un promoteur, je ne retournerai pas travailler pour lui.
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Et est-ce que tu peux m’expliquer comment ça se passe typiquement une journée de commentateur lors d’un show ? 
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Sturry : J’arrive en salle, je salue tout le monde présent. J’insiste là-dessus, car ça peut paraître évident mais c’est une première règle clé d’un vestiaire. Je prends connaissance du story-board de la soirée, je m’assure de prendre note auprès du promoteur des choses à dire et à ne pas dire sur la soirée, et je prends connaissances des événements et de l’actualité récente des catcheurs sur la carte. Ça me permet d’enrichir leur présentation et de donner du sens à ce qui va se passer. Et aussi surprenant que ça puisse paraître, je refuse de savoir ce qui se passera pendant le show ou la tournure des combats. Une fois la soirée finie, j’essaie de me rendre le plus disponible backstage puis auprès des fans qui font le déplacement.
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Le catch français a pris un réel tournant ces derniers mois si l’on en croit l’avis général des fans. Mais étant donné que j’aime bien chercher le vice, on va finir avec ma question type : Si tu devais citer au vu de ton expérience, l’un des problèmes persistants du catch français actuellement, ce serait lequel ?
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Sturry : Je suis incapable de te répondre… Cette année je n’ai travaillé que pour 2 structures en France, l’APC et Ouest Catch. Chaque athlète que j’ai côtoyé m’a envoyé des signaux positifs, le niveau n’est tellement plus le même qu’il y a dix ans. Les dirigeants sont de plus en plus reconnaissants des fans qui se mobilisent pour organiser des déplacements et ils sont à l’écoute de leurs retours. Avec cet essor et si tout le monde continue à jouer le jeu, le train ira dans la bonne direction, Travail et Patience ! Le Catch en France a tiré les leçons de son échec entre 2008 et 2011, du moins je l’espère ! Ne loupons pas la seconde chance qui nous arrive !
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Merci à toi d’avoir eu une fois encore la sincérité que l’on te connaît Sturry. Bonne continuation pour la suite et dans tes projets, quels qu’ils soient !
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