Derrière le ring

« J’ai décidé de m’investir dans le catch d’une autre manière », Ragnar Rök.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
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Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
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Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci.
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Aujourd’hui c’est avec Ragnar Rök que nous nous sommes entretenus derrière le ring. Le patron du Sud Ouest est revenu avec nous sur sa carrière, ses déceptions, ses projets et a accepté de nous faire rentrer dans sa bulle, dans son intimité et dans le ressenti de son métier. Et nous l’en remercions.
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Source : Facebook Ragnar Rök

Pour commencer, comment a réagit ton entourage lorsque tu as annoncé que tu voulais faire du catch ?

Ragnar Rök : Extrêmement bien, étant passionné depuis mon plus jeune âge, ça a été la suite logique de cette passion. La chose la plus dure à l’époque, c’était de trouver une école … et de convaincre ma mère. Elle a toujours eu peur pour moi, une peur que je comprends, car elle voulais me protéger d’un risque de paralysie du bras droit dû à plusieurs fractures étant enfant. C’est seulement après avoir vu toutes les étoiles que j’avais dans les yeux après mon premier entrainement qu’elle a compris qu’elle ne pouvait qu’accepter ce choix.

On sait que le catch en France n’est pas reconnu comme un métier et qu’il faut majoritairement avoir un emploi à côté pour pouvoir vivre. Est-ce ton cas ? Quelle est ta vie à côté du catch ?

Ragnar Rök : Oui en effet, il ne me semble pas que vivre du catch soit possible en France. Ou alors on vit du catch et du chômage ou du RSA… Pour ma part, je travail dans la vente.

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Source : Facebook Ragnar Rök

Avec l’emploi du temps que tu as, comment cela se passe-t-il au niveau de la de famille ? Le rythme de catcheur n’est-il pas un frein ?

Ragnar Rök : J’ai beaucoup levé le pied depuis quelques temps. Certains font le choix de donner 100% de leur vie au catch, ce n’est pas mon cas. J’ai une vie personnelle qui me comble de bonheur, je tiens une école et je fais quelques dates par ans. Ce rythme me convient amplement.

Pour le catch, regrettes-tu des sacrifices ou des concessions que tu as fait dans le passé ?

Ragnar Rök : Je ne suis pas de nature à vivre dans le passé. Je pars du principe que ça ne sert à rien de regarder derrière, qu’il ne faut pas trop regarder devant non plus. Finalement, il n’y a que le présent qui compte. Donc non, aucun regret.

Tu fais partie des catcheurs qui ne s’exportent que très peu dans d’autres fédérations. Est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi ?

Ragnar Rök : Tout simplement par choix. Durant plusieurs années j’ai parcouru la France entière, enchaînant à certains moments trois shows en trois jours, ou en ayant fait Bordeaux – Paris, Paris – St Etienne, St-Etienne – Bordeaux en 36 heures. J’ai bossé dans toutes les plus grosses structures de France mais je n’ai pas eu envie d’aller plus loin. J’aurais pu, j’ai eu des contacts avec l’Angleterre, la Belgique ou les Pays Bas, mais je n’ai jamais donné suite. C’est un choix personnel.

J’ai décidé de m’investir dans le catch d’une autre manière. Pour qu’il avance en France, il faut des personnes qui s’exportent et on en a de plus en plus. C’est une bonne chose. Mais il faut aussi des bases solides en France. Il faut des personnes de l’ombre qui travaillent pour faire évoluer le catch à l’intérieur des terres. Je fais partie en quelque sorte de ces personnes de l’ombre.

Tu as justement mis récemment la FRPW sur la ligne « Unity ». Est-ce que tu peux m’expliquer ce choix, les raisons qui t’ont poussé à cela et ce que ça signifie pour toi ?

Ragnar Rök : Comme je l’ai dis, mon travail à moi, c’est de « développer » le catch au niveau de la base. Travailler sur une base au niveau national n’est pas chose aisée. Avec la FRPW, Eloanne et moi travaillons pour le développer dans le sud ouest. Le projet « Unity » était un projet pour tenter un travail sur une base nationale. Réunir le catch en France pour le développer dans le bon sens.

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Source : FRPW

Et après ton parcours, tu penses que le catch va dans le bon sens ?

Ragnar Rök : Je suis plutôt partagé. Certaines personnes ne sont pas vraiment ce qu’elles laissent paraître. Ce qui rend le monde du catch un peu pourri. Mais c’est comme ça dans tout les métiers du spectacle je pense. Un monde de paraitre et de requins. Il y a beaucoup trop de tensions en France. Mais il y a surtout un manque de professionnalisme flagrant. Certaines personnes feraient mieux de rester à leurs places de fans plutôt que de vouloir une part du gâteau. « Ceci doit être réalisé par des professionnels, pour votre sécurité (et la sécurité du catch), ne faites pas ça chez vous … ».

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Source : Facebook Ragnar Rök

Est-ce qu’au cours de ta carrière tu as déjà vécu de vraies déceptions qui t’ont poussé à remettre en question le catch ?

Ragnar Rök : J’ai eu une période dans ma vie personnelle qui m’a donné envie de tout arrêter oui. J’ai eu la chance d’avoir ma belle petite femme à mes cotés afin de me remettre le pied à l’étrier. Je luis dois énormément.

Est-ce qu’à la place que tu occupes, il y a des rêves que tu as pu accomplir pleinement, d’autres que tu as délaissé et quels sont ceux qui te restent ?

Ragnar Rök : Je ne peux pas appeler ça des rêves, mais plus des objectifs. Durant ma carrière personnelle, je ne me suis jamais posé d’objectifs, pas de limites. J’ai toujours pris les choses comme elles venaient. Aujourd’hui, oui j’ai un objectif : développer mon école, aider mes élèves à accomplir leurs objectifs et qu’ils apprennent de la meilleur façon qu’il soit.

Quelle est ta plus grande fierté dans ta carrière et pourquoi ?

Ragnar Rök : Mon équipe. Je suis fier d’avoir l’équipe avec laquelle j’évolue depuis plus de 7 ans. Je me souviendrais toujours de ce que nous avait dit le tout premier entraineur extérieur que nous avions fait venir à la FRPW, Marc Sébire (White Storm). « Vous avez une équipe super soudée, c’est vraiment rare et c’est vraiment bien ».

Y a-t-il quelque chose que tu détestes dans le métier que tu fais ? Et la chose que tu préfères ?

Ragnar Rök : Non, je ne déteste rien. Certaines choses sont plus contraignantes que d’autres mais elles sont nécessaires. La chose que je préfère ? La réaction du public lors de mon entrée. Nous avons, depuis maintenant trois ans, fidélisé un public lors de nos shows sur Pessac. Un public local mais également un public de fans qui se déplace de toute la France pour venir nous voir.

Et maintenant qu’ils nous connaissent bien, rien qu’à la musique d’entrée, le public sait qui il va voir. Généralement les catcheurs extérieurs sont vraiment surpris de l’ambiance explosive qu’il y a sur le show et n’ont pas l’habitude d’avoir un public aussi réceptif. Je n’ai pas peur de le dire, nous avons l’un des meilleurs public de France !!

Si tu devais citer au vu de ton expérience, le plus gros problème du catch français actuellement ?

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Source : Facebook Ragnar Rök

Ragnar Rök : Le manque de professionnalisme. Le catch en France évolue, dans le bon sens en majorité. Mais clairement certaines structures manquent cruellement de bon sens. On ne peut pas annoncer sur les réseaux sociaux la venue d’un tel ou d’un tel puis, après avoir prit connaissance du budget qu’il faut pour le faire venir, se dire « ah mais non ce n’est pas possible en fait… ».

On ne peut pas non plus mettre n’importe qui sur un ring. Le problème en France c’est que dans les écoles, 99,9% des personnes en apprentissage veulent devenir catcheur. Et le pire, c’est que tôt ou tard ils ont gain de cause car ils se retrouvent sur un ring, même si le niveau ne suit pas. Il n’y a pas de honte à être « juste » arbitre, présentateur ou manager. Être un bon manager ou un bon arbitre c’est tout un art et c’est tout aussi utile qu’un catcheur !!

Est-ce que tu as des idées pour faire changer ceci ?

Ragnar Rök : Des idées oui, une mise en application oui, dans mon école. Mais après, au niveau national qui écoutera et qui sera apte à se remettre en question ?

A contrario, quelle est la chose qui a évolué positivement et qui est bien mieux que ces dernières années ?

Ragnar Rök : La qualité des shows !! Les catcheurs sont de plus en plus dans la « norme Européenne ». Les shows sont de plus en plus dans la « norme Européenne ». Le catch en France donne une bien meilleure image maintenant qu’il y a 5/6 ans. Une preuve ? Les fans de catch se déplacent pour du catch « Français ».

J’ai pu remarquer que tu te tenais toujours à distance des polémiques, débats ou critiques. Selon toi ces dernières ne servent pas à grand chose ou ne sont pas constructives ?

Ragnar Rök : A quoi bon se tirer la bourre sur les réseaux sociaux ? Ca avance à quoi ? J’aime le catch, je suis un passionné, mais il y a des choses beaucoup plus importantes dans la vie que de rentrer en polémique pour du catch. Comme tu l’as dis au début, on a tous un boulot à coté, on a tous une vie. Le jour où le catch en France brassera des millions et qu’on pourra en vivre, je rentrerai dans la guerre des accros du web.

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Source : Facebook Ragnar Rök

Concrètement la suite pour toi c’est quoi ?

Ragnar Rök : Je suis en pleine préparation du prochain show, le 21 avril à Pessac. Le FRPW Contest 2018. Un tournoi à ne pas manquer !! Sinon, sur le long terme, continuer à apprendre à mes élèves, à leurs apporter mon expérience et faire développer notre école et notre discipline dans la région.

Merci pour ta franchise et ton honnêteté, et bonne continuation dans tout tes projets, quels qu’ils soient.