Derrière le ring

« Le niveau des catcheuses en France est nettement inférieur », Camille.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
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Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
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Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci.
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Aujourd’hui c’est avec Camille que nous nous sommes entretenus derrière le ring. La catcheuse de troisième génération est revenue avec nous sur sa carrière, ses déceptions, ses projets et a accepté de nous faire rentrer dans sa bulle, dans son intimité et dans le ressenti de son métier. Et nous l’en remercions.
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Bonjour Camille et merci d’être la deuxième femme à venir parler catch derrière notre ring. Pour commencer, je sais que tu viens d’une famille de catcheurs alors je voulais savoir ce que représentait le catch tout particulièrement pour toi ?

Camille : Effectivement je proviens d’une famille de catcheur où mon grand père a su faire du catch une passion familiale qui se transmet depuis 3 générations. J’ai été bercée par cette atmosphère catchesque depuis toujours. Ce qui est le plus remarquable, pour moi, est d’avoir connu l’évolution du catch depuis ces dernières 24 années et sous différents angles. Je m’explique, j’ai commencé à avoir une vision du catch en tant qu’enfant et fille de catcheur. Je suivais ma famille sur les shows. Je les regardais combattre avec des yeux d’enfants.

C’est fou à quel point ils arrivaient à me surprendre, à m’épater. Ce qui était drôle, c’était de voir les enfants de mon âge, présents dans le public, admiratifs devant la «fille d’un catcheur». A cet âge là, ça paraissait grandiose et limite invraisemblable. Ma mère a pris sa retraite depuis quelques années déjà, mon père pas encore. Désormais j’ai la vision d’une catcheuse et plus d’une enfant ou d’une spectatrice. J’ai également un regard externe sur le rôle de promoteur grâce à mon père. Même si je n’interviens pas du tout de ce côté là je connais les avantages et les inconvénient de ce statut.

Donc le fait d’avoir grandi avec le catch, de l’avoir connu sous les différentes visions que je viens de vous énumérer m’a aidé à le comprendre pour pouvoir l’appréhender au mieux. Désormais le catch n’est plus une simple passion familiale pour moi, je le considère comme mon métier même s’il n’est pas reconnu en tant que tel. C’est un réel mode de vie avec des sacrifices à faire.

Je sais également que ces sacrifices là ne permettent pas à une immense majorité de catcheurs, de pouvoir vivre convenablement. Le catch en France n’est pas reconnu comme un métier et il faut majoritairement avoir un emploi à côté pour pouvoir vivre. Alors, quelle est ta vie à côté du catch ?

Camille : Bien sur, la France nous permet pas de vivre du catch. C’est un business économiquement faible en Europe. A côté de ça, j’ai une vie très banale d’étudiante en master de droit. Peu de personnes connaissent mon sport à la fac, mis à part mes amis proches. Je reste très discrète. Ça me permet d’être «Madame tout le monde» en dehors du catch.

Très bien. Dis-moi, tu as pu catcher pour la STARDOM, qu’est-ce que tu en as tiré comme expériences et qu’est ce qu’il y a à faire évoluer chez nous à ce niveau là ?

Camille : C’était une expérience énorme aussi bien sur le plan humain qu’athlétique. Je vais être honnête, c’est grâce à cette tournée que j’ai compris que mon niveau, et celui des autres catcheuses en France était nettement inférieur. Il n’y a aucune méchanceté dans mes propos. C’est simplement une réalité. J’ai donc travaillé plus durement aux entraînements en prenant en compte les nombreux conseils donnés par les catcheuses durant cette tournée. Il faut savoir se remettre en question et accepter les critiques pour progresser.

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La mentalité était également différente. J’ai clairement senti que nous étions toutes là pour échanger, se donner des conseils les unes auprès des autres. L’atmosphère était professionnelle et conviviale entre nous. C’est agréable de travailler dans de telles conditions. Je ne ressens pas forcement cette atmosphère en France.

Au vu de ce que tu connais du catch et avec ton expérience, est-ce que tu te vois continuer là dedans ?

Camille : J’espère pouvoir continuer le plus longtemps possible. Très peu de sports arrivent à jumeler ce côté athlétique et paillette. Je suis consciente de ne pas pouvoir continuer encore de nombreuses années, comme par exemple jusque 45 ans. En général une femme arrête toujours plus vite qu’un homme. L’élément déclencheur de ma retraite sera sûrement la construction de ma vie de famille. Mais on ne sait pas de quoi est fait demain, peut être que rien ne se passera comme je l’ai imaginé. Donc je préfère ne pas me projeter dans le futur et vivre à fond ma carrière d’aujourd’hui.

L’image contient peut-être : 1 personneTu dis que « une femme arrête toujours plus vite qu’un homme ». Justement, de ton point de vue comment considère-t-on, en France, un femme dans le milieu très masculin qu’est le catch ?

Camille : Les femmes sont à la conquête de ce sport majoritairement «masculin». Depuis quelques années les mentalités ont changées sur la place de la femme dans ce milieu. Nous ne sommes plus considérées comme des bimbos au milieu d’un ring simplement capables de se tirer les cheveux.

On a su s’imposer et montrer qu’on pouvait être tout aussi athlétiques que les hommes. Au niveau du relationnel avec les catcheurs ou promoteurs je n’ai jamais ressenti de machisme, un sentiment d’infériorité face à eux ou de remarques déplacées. Le seul petit point négatif, c’est que certains promoteurs brident encore un peu trop le match féminin.

Certaines personnes du milieu pensent qu’il devrait y avoir une distance « professionnelle » entre les catcheurs et les fans. Ils disent aussi qu’il devrait y avoir cette même relation avec les pages facebook/sites. Qu’en penses-tu ?

Camille : Je suis d’accord. Sans aucune prétention de ma part cette distance professionnelle est importante pour préserver notre métier et notre vie privée. En revanche il est impératif d’être disponible pour les fans à la fin d’un show ou lors de conventions organisées. Cet échange est important mais il doit rester encadré. Rien ne nous empêche non plus de répondre à leurs questions ou commentaires sur les réseaux sociaux. Mais encore une fois, il faut que les questions restent professionnelles. Elles ne doivent pas déborder sur des questions plus intimes de notre vie privée.

Alors je vais déborder quand même et te poser cette question, non par voyeurisme, mais bien pour en connaître la réalité. Est-ce que tu en couple ? Afin de savoir comment tu gères la distance et les absences dues à ton métier ? C’est quelque chose de compliqué ?

Camille : Voilà un aspect de ma vie que je n’ai pas envie de dévoiler. Mais dû à mon expérience passée, je peux vous affirmer que ce n’est vraiment pas évident à gérer. J’avais très peu de temps à accorder à quelqu’un entre mes études, les entraînements, les shows. C’est difficile de rencontrer une personne qui accepte les nombreuses absences, les nombreux messages et commentaires de fans sans nourrir une jalousie malsaine dans le couple.

Ce n’est pas simplement difficile à gérer au sein du couple, ça l’est également au sein de la famille. Je m’aperçois que je passe très peu de moments avec eux. Je suis parfois dans l’obligation de refuser des repas de famille, anniversaires ou autres moments familiaux. C’est pas évident de mettre sa famille de côté pour notre métier. Ça fait partie des plus grosses concessions présentes dans ce domaine.

D’accord. Le public voit le catcheur uniquement durant ses matchs. Mais concrètement, c’est quoi taL’image contient peut-être : 2 personnes journée type de catcheuse lors d’un show ?

Camille : Les jours de shows ne se ressemblent pas toujours. Tout dépend du lieu, de la catcheuse que j’affronte, du type de match, de l’enjeu par la suite. C’est toujours un peu plus stressant de catcher à l’étranger parce que je n’ai pas les mêmes repères qu’en France. Concrètement c’est une longue journée qui s’annonce entre le trajet, l’arrivée sur place, l’attente avant que le show ne commence, le stress, la concentration. Les moment les plus palpitants sont les quelques secondes avant de passer le rideau, ce sont mes moments préférés. Ressentir l’adrénaline et entendre ta musique partir. C’est stressant mais tellement bon.

Y a-t-il quelque chose que tu détestes dans le métier que tu fais ? Et à contrario quelle est la chose que tu préfères ?

Camille : Je vais commencer par ce que je préfère: c’est la réaction du public durant le match. Le voir compatir aux coups, crier, applaudir, encourager le face, huer le heel… C’est juste magique ! C’est difficilement explicable. Il faut le vivre pour le comprendre. Je pourrais qualifier ça comme un échange d’émotions entre le catcheur et le public. S’il n’y a pas cet échange entre les deux, aucun lien ne se crée, aucune connexion et c’est dommage. Ce que je déteste le plus est le manque de professionnalisme de la part de certains.

Alors justement, je te coupe, mais pour c’est pour rebondir sur ce que tu me dis. Qu’est ce qui est compliqué là dedans ?

Camille : Le plus compliqué est de savoir gérer correctement sa propre image et celle du catch en général. De nombreuses personnes ternissent cette dernière. Plusieurs raisons à cela: une mauvaise communication, un manque de sérieux et de professionnalisme de la part de certains workers et fédérations. Notre métier requière d’avoir un certain physique (pas forcément Mr muscle non plus), une tenue un minimum professionnelle, du charisme et une condition physique.

Comment voulez vous qu’on crédibilise le catch quand on voit arriver un « catcheur » sur le ring habillé en jogging avec un t-shirt taché voir même troué, essoufflé après un jeu de corde ? Perso, je suis spectatrice, je me demande si c’est pas un spectateur qui a décidé de monter sur le ring pour blaguer. Et je ne vais pas prendre au sérieux la suite du spectacle. Ces personnes là ne se rendent pas compte du mal qu’elles peuvent faire au catch. Quand elles sont pointées du doigt, rien ne va plus, elles se vexent et persistent en pensant que ce sont des critiques mal fondées nourries par la jalousie.

Malgré tout ça, y a-t-il une chose ou des choses qui te font dire que tu fais le plus beau métier du monde ?

L’image contient peut-être : 8 personnesCamille : Bien sur, il y a plusieurs choses. D’un point de vue personnel, je fais le plus beau métier du monde car j’arrive à m’épanouir complètement dedans. Le catch me rend vraiment heureuse, il permet de me dépasser et de me fixer des objectifs à atteindre.

Ensuite, d’un point de vue externe, le fait que les spectateurs viennent te remercier à la fin d’un show pour ce spectacle fait énormément plaisir. Ce que j’apprécie tout particulièrement c’est que certaines personnes du public viennent t’interpeller pour te poser des questions sur ton parcours, comment je suis devenue catcheuse, ect. Ils s’intéressent vraiment à mon métier, et pas simplement qu’au show qui leur a été présenté. Ils sont toujours admiratifs et pleins d’encouragements.

Il y a aussi le fait de voyager, rencontrer constamment de nouvelles personnes, faire des rencontres plus ou moins marquantes. On a aucune attache. C’est un métier où nous sommes complètement autonomes. On gère notre carrière comme bon nous semble et à la vitesse qu’on veut.

Et pour terminer notre rencontre, est-ce que pour le catch tu regrettes des sacrifices ou des concessions que tu as fait dans le passé ?

Camille : J’ai fait beaucoup de concessions pour le catch. Certaines importantes, d’autres moins. Mais je ne regrette absolument pas. J’assume entièrement mes choix. Si c’était à refaire je le referais. Comme je te l’ai déjà dit, c’est un mode de vie. Quand on aime ce qu’on fait et qu’on a envie de réussir on se donne les moyens en sacrifiant certaines choses. Je garde à l’esprit que les sacrifices deviendront le résultat de la réussite. Et si malheureusement je commets des erreurs, elles me serviront de leçon.

Merci à toi Camille pour cette belle conclusion et je te souhaite bonne continuation dans tous tes projets, quels qu’ils soient.

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