Derrière le ring

« Je déteste passer pour un con et la merde qu’il y a dans le ring », Hellmer.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
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Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
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Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci. Pour ce deuxième numéro, c’est Hellmer Lo’Guennec, le détenteur du plus long règne de Champion de l’APC, qui a accepté de nous faire rentrer dans sa bulle, dans son intimité et dans le ressenti de son métier. Et nous l’en remercions.
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Direct Wrestling : Hellmer, tu as toujours assumé la situation de surpoids dans laquelle tu étais il y a plusieurs années. Est-ce que tu peux m’expliquer à quoi ressemblait ton quotidien à cette époque là ?

Hellmer Lo’Guennec : A cette époque, j’étais un jeune comme beaucoup. Je rentrais tout juste dans la vie active, le weekend je faisait la fête avec mes potes et je mangeais tout simplement énormément… L’estomac c’est comme un muscle : avec un entraînement adapté, tu peux le développer de manière extraordinaire. J’ai commencé à grossir à peu près à l’âge de 6 ans, suite à un traumatisme. Sans m’en rendre compte, au collège j’ai commencé à dépassé les 100kg et arrivé à ma majorité j’en faisait 115kg. Malgré le fait que j’ai toujours essayé de faire du sport, je passais mes soirées et mes week-ends devant la console à bouffer tout ce qui passait devant moi. Avec un tel quotidien, même les 4h de foot avec les potes ne suffisaient pas à éliminer la quantité de calories que je pouvais ingurgiter.

Direct Wrestling : Ce n’est plus le cas aujourd’hui, alors explique moi, à quel moment as-tu décidé de vouloir changer ?

Hellmer Lo’Guennec : Il y a eu deux étapes. La première est quand le catch est apparu dans ma vie, mais à ce moment là j’étais encore un rêveur, j’avais l’envie mais je faisait absolument rien pour y arriver. Puis la deuxième étape est arrivée. J’ai parlé de mes envies à mon meilleur ami, on a grandi ensemble et il a toujours été franc avec moi. J’avoue que ce fut une véritable douche froide, pas un mauvais quart d’heure, mais plutôt une demi heure qui m’a paru durer quatre heures. J’en ai pris plein la tronche, mais au final ça m’a ouvert les yeux et j’ai entamé les démarches pour être aidé. Ce qui est marrant dans cette histoire c’est que dans la même période, j’ai croisé un autre pote sur un show de la WWE, à Lille si ma mémoire est bonne, lorsque Edge était venu faire ses adieux, bref c’est pas ça le sujet ! Ce pote que j’ai croisé là totalement par hasard, m’a proposé de faire du catch. Il m’a expliqué que lui même en faisait, ce à quoi je lui ai répondu que la proposition me plaisait énormément mais je ne pouvais pas monter sur le ring avec un bide pareil. Je lui ai dit : »Laisse moi maigrir et je te recontacte ». Et c’est ce que j’ai fait deux ans plus tard.
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Direct Wrestling : Finalement on peut dire que c’est le catch qui t’a poussé à changer malgré tout ?

Hellmer Lo’Guennec : C’est ça, le catch est la base même de mon changement. Quand je me suis mis à regarder Catch Attack sur NT1 à l’époque, je me rappelle que c’est Triple H qui me donnait le plus envie de monter sur le ring : une gimmick badass, un charisme fou, une entrée au top, un physique hors du commun etc. Du coup je me voyait pas arriver avec mon gros bide et mes petit bras. J’ai cette vision des choses, quand j’aime quelque chose je veux le faire du mieux possible ! Le fait que ce soit une passion ne veux pas dire qu’on peut faire de la merde et prendre ça à la légère, c’est une question d’étique et de respect envers les fans qui ont payé leurs places pour voir des athlètes!

Direct Wrestling : Et justement, toi qui fait les choses jusqu’au bout, tu as fait des allers-retours au Mexique, au Portugal ainsi que d’autres pays européens. Dis-moi, comment peut-on avoir une vie de famille, une vie de couple avec ces absences et ces investissements ?

Hellmer Lo’Guennec : Je l’ai toujours dit, la vie de catcheur est une vie de sacrifices. J’ai pour ma part presque tout sacrifié pour ça, ma famille étant derrière moi, c’est bien la seule chose qui n’a pas trop eu d’impact avec ma carrière. Pour qu’il y ait une vie de couple ,il faut tomber sur quelqu’un prêt à faire les sacrifices avec toi, quelqu’un qui pense avant tout à ton bonheur ! Je me rappellerai toujours de ce que m’avait dit la femme de Nitro [NDLR : Catcheur mexicain] : « Pour être la femme d’un catcheur, il faut comprendre que le catch est comme une deuxième femme ». Et il est vrai qu’être en couple c’est faire des concessions. Bah avec un catcheur, c’est une équation à trois facteurs : pour que le catcheur soit pleinement heureux, il faut lui laisser le catch et l’accepter. C’est sûrement ce qu’il y a de plus dur ! Après de mon côté, si la personne me laisse bosser tranquillement, je fais tout pour être irréprochable. J’ai une vision de la vie et des valeurs fortes qui malheureusement se perdent de plus en plus… Mais j’essaie de rester intègre vis à vis de ça, je déteste faire souffrir les personnes autour de moi et puis il me faut quelqu’un en qui je peux avoir 100% confiance. Heureusement aujourd’hui je pense être très bien tombé, maintenant seul l’avenir nous le dira mais disons que 2018 ne pouvait pas mieux commencer !

Direct Wrestling : Je l’espère en tout cas [Rires]. Auprès de moi il y a quelques temps, tu avais L’image contient peut-être : une personne ou plus, barbe et gros plandéclaré que tu t’étais posé la question de rester au Mexique. Pourquoi ça ne s’est pas fait finalement ?

Hellmer Lo’Guennec : Alors, pour plusieurs raisons. Disons que quand j’y suis allé la deuxième fois, Nitro m’a clairement fait comprendre que ma place était en Europe et qu’au Mexique, les places sont plus ou moins exclusives aux mexicains, que la vie dans ce pays est très dangereuse, encore plus pour un étranger et que je gagnerais beaucoup plus d’argent ici en Europe !

La Lucha Libre ne se porte pas au mieux depuis quelques temps donc je me suis ravisé ! Et puis aujourd’hui avec l’Angleterre juste à côté qui explose littéralement, pas besoin de m’expatrier à l’autre bout du monde. Mais j’ai pour but d’y retourner sur de longues périodes, ce pays est très important pour moi ! Et je veux faire au moins une fois mon entrée dans l’enceinte mythique de l’Aréna Mexico ! Je veux que mes amis et ma famille mexicaine me voient au top chez eux au moins une fois !

Direct Wrestling : C’est tout ce que je te souhaite. Dis-moi, regrettes-tu des sacrifices ou des concessions que tu as fait dans le passé pour le catch ?

Hellmer Lo’Guennec : Disons que dans l’ensemble, je vis mon rêve donc non je ne regrette pas les sacrifices! Maintenant des moments de doutes où je me demande pourquoi faire tout ça… j’en ai tout les jours ! Et même de plus en plus pour être honnête… Je suis à une période de ma carrière où absolument aucun promoteur ne mise sur moi… L’APC est clairement passé à autre chose et au Studio Jenny [NDLR : Salle des shows l’APC], je fais parti du passé. C’est dur à vivre parce que je n’ai que cinq ans de carrière et pourtant il n’y a plus aucuns plans pour moi, que ce soit pour du court ou du long terme… A côté de l’APC, les autres promoteurs se servent de mon image pour mettre leurs gars en avant, ce que je comprends hein, même si au quotidien et au vu des sacrifices que j’ai fait et que je fais encore, et bien ça a du mal à passer…

Direct Wrestling : Ça fait donc partie des vraies déception qui t’ont poussé à remettre en question le catch ?

Hellmer Lo’Guennec : Des déceptions j’en ai tout le temps, au vu des sacrifices que j’ai pu faire et que je fais encore, c’est très dur à vivre… Ce travail peut être très cruel, il faut avoir le coeur vachement bien accroché ! Entre les « potes » ou collègues qui te crachent littéralement dans le dos, alors que devant toi, ils te disent « Yo mon frère comment ça va ?! Ça fait plaisir de te voir ! » et les promoteur qui te promettent monts et merveilles et puis le jour du show, ils t’annoncent que « Tiens tu vas jobber contre lui, c’est une merde, il sait rien faire mais toi tu es bon, t’arriveras à faire un truc potable avec lui… ».

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Et là tu réalises qu’on se fout bien de ta gueule. Certains sont bons donc ils n’ont droit qu’aux Dream Matchs et d’autres sont tellement bons qu’ils « sauvent » le show en se tapant le mec qui coûte pas cher et qui est juste là parce que son « salaire » ou même son « non-salaire » rentre dans le budget ! En terme de déceptions, je pense que la plus récente reste celle du dernier Tournoi des Poids-Lourds, où j’ai été éliminé en premier, de manière clean alors que j’étais le Face du match et ce après trois minutes. Le pire c’est de rentrer en backstage et de voir la satisfaction dans le regard du promoteur, alors que quelques temps avant j’étais la Top Star de la structure… Oui ça fait mal, mais c’est aussi ça la vie de catcheur.

Direct Wrestling : Et justement, est-ce que c’est si facile de dire « non » à un promoteur ou à un booking avec la pression que cela peut mettre ?

Hellmer Lo’Guennec : Honnêtement jusqu’à présent je n’y arrivais pas ! Mais après cinq ans de carrière je reste le même drogué du ring, si j’ai pas ma dose je ne suis pas bien et puis c’est toujours un billet à prendre… Mais je fatigue de perdre mon temps pour des gens qui se foutent de moi, donc cette année je pense que je ne prendrais pas tout ce qu’on me propose ! Parce qu’un mauvais booking pour moi, c’est des jours de déprime… A chaque fois qu’on me donne un mauvais booking ou un mauvais adversaire, c’est des jours complets voire des semaines entières de remise en question, je le vis très mal. Mais d’un autre côté, je vis encore plus mal le fait d’être écarté des rings…

Direct Wrestling : D’accord… Tu parles de mauvais adversaires, comment vit-on les momentsL’image contient peut-être : 1 personne gênants lorsqu’on est sur le ring ? Je veux dire, quand le public ne suit pas forcément, quand on a botché, quand on voit son adversaire/co-équipier se ridiculiser etc. ?

Hellmer Lo’Guennec : Comme j’ai pu le dire plus tôt, tout ça m’est déjà arrivé… Quand le public ne suit pas ce qu’on fait, il faut vite enchaîner avec autre chose pour ne pas commencer à douter, tout en gardant son calme. Je déteste avoir l’impression de passer pour un con, donc je fais mon maximum pour ne pas que ça m’arrive… Et quand la personne en face de ridiculise, en général je n’arrive pas à le cacher. Plus d’une fois dans des matchs tag team foireux, on me voit cacher ma tête entre mes bras parce que j’assume clairement pas la merde qu’il y a dans le ring. A ce moment là je prie juste pour qu’on me donne le relais histoire de sauver un peu la baraque comme je peux.

Direct Wrestling : Malaisant j’imagine… A propos de ne pas assumer, quel est ton plus grand complexe aujourd’hui dans le monde du catch ou dans ta carrière ?

Hellmer Lo’Guennec : Mon plus gros complexe reste le fait qu’en France, malheureusement pour moi, la meilleure période de ma carrière est derrière moi… Je vois les élèves exploser; être appelés partout, avoir du succès et moi qui reste sur la touche. Ne vous trompez pas, je suis très content pour eux parce qu’ils ont taffé comme des chiens pour en être là et je ne leur ai pas fait de cadeaux ! Mais de me voir moi sur la touche pour des excuses bidons, je le vis mal… Mais bon c’est la vie et je ferais changer les choses quitte à aller chercher moi même les opportunité. En effet mon travail est bien plus apprécié à l’étranger donc la prochaine étape sera de laisser tous ces doutes derrière moi et d’attaquer un nouveau challenge !

Direct Wrestling : Quand on sort du ring, quelles sont les plus grosses difficultés ?

Hellmer Lo’Guennec : Pour ma part, je garde les pieds sur terre, donc ce sont des problème de temps, comme ne pas pouvoir profiter de telle ou telle soirée entre pote, trouver un taf qui me laisse du temps pour m’entraîner, de préférence sur des temps décalés pour éviter la foule à la muscu. Pour beaucoup le plus dur à vivre c’est ça. En revanche pour moi, ma mère m’a élevé avec des valeurs et un mental fort, je m’emballe pas, je reste conscient que je ne suis qu’un illustre inconnu comme tout le monde dans notre pays, et qu’aucun d’entre nous ne remplit une salle des fêtes, alors que les stars dans notre milieu remplissent des stades donc on a pas le droit de s’emballer. En tout cas c’est ma vision des choses.

Direct Wrestling : En parlant de ta famille, j’imagine que lorsque tu as annoncé que tu allais devenir catcheur, ton entourage n’a pas forcément été unanime. Il y a des choses qui t’ont blessé, touché à ce niveau là ? Et à contrario, des choses qui t’ont motivé plus que tout ?

Hellmer Lo’Guennec : Nan je savais à quoi m’attendre, même si pour la plupart d’entre eux le catch de résume à « des string en cuir » comme dirais mon frère. Mais c’est justement ce qui m’a motivé ! Je suis une tête de con et plus on me dit que je ne vais pas y arriver, plus je me donne à fond pour leur faire fermer leurs gueules ! Aujourd’hui, tous mes proches sont fiers de mon parcours et m’encouragent à 200% donc ce n’est que du bonheur !

Direct Wrestling : Y a t-il des rêves que tu as pu accomplir pleinement et d’autres que tu as délaissé ?

Hellmer Lo’Guennec : Honnêtement depuis que le catch est apparu dans ma vie, je ne rêve que de ça donc nan sur ça, je réalise actuellement mes rêves les plus fous. Pour un ancien obèse comme moi, être vu comme un athlète et être considéré par mes pairs comme une référence de ma discipline me donne tout le bonheur du monde ! Ça et avoir l’amitié de gars que je pouvais voir à la télé ou sur internet avant. J’ai une place de privilégié donc je kiffe chaque instant comme si c’était le dernier.

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Direct Wrestling : Y a-t-il quelque chose que tu détestes dans le métier que tu fais ? Et la chose que tu préfères ?

Hellmer Lo’Guennec : Ce que je déteste ce sont les gens qui sont dans ce business… Je vais peut-être passer pour un connard, mais j’ai surtout remarqué ça dans notre pays. Les mecs se prennent pour des stars alors qu’il n’y a pas lieu, les mecs te prennent de haut, crachent sur toi quand t’es pas là alors que devant ils font les « frères » ! J’ai vu tellement de gens changer… Le catch pervertit même les âmes les plus pures si elles n’ont pas la force de garder les pieds sur terre et la tête froide. De plus je suis quelqu’un de fidèle, et quand j’en ai eu l’opportunité, lorsque ma côte était au plus haut, plus d’un promoteur m’a proposé de lâcher ce que je faisais. Mais je n’ai pas tourné le dos aux gens qui m’ont formé alors qu’à cette période mes gars étaient près à me suivre où que j’aille… Quand je vois comment j’ai été remercié de ça, ouais j’ai pas mal de déceptions. Mais bon c’est une expérience et j’ai beaucoup appris de ces choses là.

Pour ce que je préfère, je l’ai dit plus haut : côtoyer des mecs que j’admire encore et en compter certains comme de vrais amis. Ca me donne l’impression d’être un privilégié, et je remercie dieu pour ça tout les jours ! Il y a aussi le contact avec les fans ! Sans eux je pense que je n’aurais pas tenu. Ce lien qui nous uni est fort, tu ne peux comprendre ça tant que tu n’as pas vu un enfant venir te voir avec des étoiles dans les yeux et être timide au point d’envoyer ses parents demander pour une photo ou un autographe !

Direct Wrestling : Je te crois sur parole ! Et qu’est ce qui est le plus compliqué dans le fait d’être catcheur ?

Hellmer Lo’Guennec : Le plus dur dans ce métier sont les sacrifices. Si tu veux être pro et faire les choses bien, alors ce sont des sacrifices quotidiens. Les sorties, les repas, les moments de détente entre potes, les vacances, le temps off où on ne pense qu’à soit: Les sacrifices sont dans tous ces moments. Le catch est le seul sport où il n’y a pas de moments dans l’année où on peut se permettre d’être off, donc il faut sans cesse faire attention à ce qu’on mange, ce qu’on boit… Tout ça pour des fois ne pas avoir le traitement qu’on pense mériter… C’est dur à vivre par moment mais ça fait partie de notre métier. Il faut apprendre à faire avec : si tu ne le peux pas c’est que tu n’est pas fait pour ça !

Direct Wrestling : Merci à toi de t’être confié de cette manière et en toute honnêteté. Je te souhaite le meilleur pour la suite, peu importe ce que tu décideras ! Bonne continuation Hellmer.

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