Derrière le ring

“J’aime le catch mais je déteste les gens du catch”, Louis Napoléon.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
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Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
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Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci. Pour cette première fois, c’est Louis Napoléon, pilier du catch hexagonal ayant réussi au Japon ce qu’aucun français n’a jamais fait, qui a accepté de nous faire rentrer dans sa bulle, dans son intimité et dans le ressenti de son métier. Et nous l’en remercions.
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Direct Wrestling :  Louis Napoléon bonjour. Tu es le premier à t’essayer à cette nouvelle sorte d’entrevue et je t’en remercie. Pour commencer, tu as teasé un retour au Japon en début d’année sur les réseaux sociaux. Est-ce que tu peux nous en dire davantage ?
 
Louis Napoléon : En 2017 j’ai pas mal cartonné là-bas, je suis même rentré dans le célèbre magazine Pro Wrestling Weekly [NDLR : Edition spéciale 2017] qui réfère tout les catcheurs tendances de l’année. La Michinoku Pro Wrestling m’a aussi inclut dans un groupe d’échange inter-fédérations pour que je la représente dans d’autres promotions. J’ai aussi fais pas mal de courses au titre qui m’ont donné davantage de visibilité dans le pays. J’ai donc reçu quelques propositions plus ou moins intéressantes. Je l’annoncerai le moment voulu.
 
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Direct Wrestling : Tu es en couple avec une catcheuse, c’est un secret pour personne. Comment gères-tu la distance et vos absences respectives dues à votre métier ? C’est quelque chose de compliqué ?
 
Louis Napoléon : Au début oui, une femme dans un milieu de mecs en slip, huilés et chargés à la testostérone n’est pas l’idéal pour une relation saine. Notre couple a été mis à mal à de nombreuses reprises suite à des rumeurs et autres bêtises diffusées dans ce milieu. Avec le temps et une certaine confiance, on apprend à passer outre les ragots et diverses rumeurs. Le seul problème restant étant la distance, on essaie de le combler grâce au téléphone et autres moyens de communication.
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Direct Wrestling : Alors explique-moi sincèrement, peut-on construire une vie de famille dans ces conditions là ?
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Louis Napoléon : Honnêtement ? Non, au niveau auquel nous sommes arrivés, on ne peut simplement pas en construire une. Ou alors, cela veut dire sacrifier partiellement la carrière de l’un ou de l’autre.
 
Direct Wrestling : D’accord. Et alors, regrettes-tu des sacrifices ou des concessions que tu as fait L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes deboutdans le passé, pour le catch, au dépend de ta vie de famille ?
 
Louis Napoléon : Non, je ne pense pas regretter quoi que ce soit. Si aujourd’hui j’ai réussi à faire ce que beaucoup n’ont pas réussi, c’est grâce à ces sacrifices là justement. Après oui, il y a des choses que j’aurai sûrement fait autrement, comme mon autre personnage de Blue Falcon par exemple. Seulement, je suis convaincu que ça ne sert à rien de rester bloqué dans le passé. Les erreurs ne doivent pas être vues comme des échecs, mais toujours comme des leçons.
 
Direct Wrestling : Justement, tu as pu afficher il y a quelques temps des questionnements sur ton avenir dans le catch. Est-ce que tu peux me confier cette remise en question ?
 
Louis Napoléon : J’ai tout simplement perdu tout intérêt envers le business du catch. Quand l’on monte sur un ring et que l’on se dit : “Pourquoi je fais ça ? J’ai l’air ridicule…”, alors c’est qu’il est temps de remettre en question la passion que l’on a pour ce divertissement. Je voulais vraiment arrêter le catch et faire ma révérence au Japon, le pays que j’aime tant. Mais là-bas, contre toute attente, au lieu d’éteindre la dernière flamme qui brûlait en moi, je l’ai rallumée de plus belle. Un homme m’a redonné goût au catch, The Great Sasuke. J’ai fais de nombreux matchs contre lui et à chaque fois j’avais le sourire. Pourquoi ? Car je pense avoir compris pourquoi l’on catche. Avant de partir, il m’avait dit la chose suivante : “Ce serait dommage de perdre un tel talent comme toi”. Et venant d’une légende comme lui, ces mots ne restent pas dans l’oreille, mais vont droit au cœur.
 
L’image contient peut-être : 5 personnes, personnes deboutDirect Wrestling : J’imagine oui. Mais qu’est-ce qu’il y a au Japon qui te fait tant vibrer, et qu’apparemment tu ne retrouves pas en France ?
 
Louis Napoléon : En dehors du niveau des catcheurs qui n’a clairement rien à voir ? Car en France nous avons la plupart des catcheurs qui s’amusent en imitant leurs idoles, pour se faire mousser devant 10 personnes à la fête de la saucisse. Et je n’ai rien contre les saucisses, je les adore en hot-dogs [Rires].
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Au Japon, tous les catcheurs essaient de donner le meilleur d’eux mêmes en fonction de leurs talents et habilités physiques, et ce dans des entrainements quotidiens afin de représenter et donner la meilleur image possible de leur promotion. Je dirai donc pour en revenir à la question, tout simplement : le business. En France le catch représente peu de revenus financiers et pas n’est réalisé dans un cadre légal, contrairement au Japon où le catch est un métier, pour la plupart à temps plein.
 
Direct Wrestling : D’accord. Tu affiches avec plaisir sur les réseaux sociaux ta passion pour l’univers du manga et de la culture japonaise en général. Qu’est ce qui te plait là dedans ?
 
Louis Napoléon : Comme beaucoup de Français, l’univers des manga et animés a bercé mon enfance notamment pour ceux de ma génération avec le fameux “Club Dorothée” qui diffusait des animés tels que “Dragon Ball”, “Saint Seiya”, “Captain Tsubasa”et autres. C’est ce qui m’a clairement donné envie de m’intéresser à la culture et aux traditions japonaises. Je me suis notamment beaucoup penché sur la façon de vivre et les bonnes manières à adopter. Là-bas, l’apparence et l’honneur pèsent énormément dans la société. On m’a clairement dit que j’étais plus japonais qu’un japonais car je porte ce pays très à cœur. Ils ont aussi été surpris de voir à quel point ma connaissance manga était énorme. Du coup, ils m’ont même rebaptisé dans le catch : Je ne suis pas connu comme “l’Empereur” mais comme le “French Otaku” et ça marche énormément.
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Direct Wrestling : Rien que ça [Rires] ! A propos de “marcher énormément”, tu es l’un des catcheurs français de renom, avec l’une des plus grande carrière. As-tu déjà vécu de vraies déceptions qui t’ont poussé à remettre en question le catch, comme tu me le disais tout à l’heure ?
 
Louis Napoléon : Bien sûr, quand on fait 4 ou 5 galas par semaine, plutôt bien payés et dans les plus belles salles de France, où l’on catche face à des mecs qui s’entrainent régulièrement pendant des années, et qu’on passe à 1 ou 2 galas par mois où l’on te demande de baisser de 60% ton salaire pour catcher face au cousin du “promoteur”, qui a pour seul entrainement de se déplacer du canapé au frigo durant les pubs de la WWE, alors oui on réfléchit à cette question : Pourquoi continuer de catcher ?
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L’Europe connait une crise comme elle l’a rarement vécu, alors du moment où l’on ne peut plus faire de business avec ce divertissement, pourquoi perdre son temps et sa santé ? C’est pour cela que j’ai été chercher l’argent là ou il y en a encore.
 
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Direct Wrestling : En parlant de crises… Des insultes, des commentaires négatifs à ton égard pour le personnage que tu incarnes, ça fait partie du jeu. Mais comment réagis-tu quand c’est toi personnellement qui es touché ?

Louis Napoléon : Balek que l’on parle en bien ou en mal, du moment que l’on parle de moi.

Direct Wrestling : Ça a le mérite d’être clair. Dis-moi, quand on sort du ring, quelles sont les plus grosses difficultés au quotidien quand on est catcheur ?
 
Je ne vais pas parler des douleurs qui font partie de la vie d’un catcheur, mais plutôt pour certain, du retour à la réalité. Regarde, ils passent de “star d’un soir” à un parfait anonyme et ils ont du mal à repasser dans le monde réel car ils ont un besoin permanent de se faire “mousser” ce qui peut provoquer des dépressions ou d’autres problèmes de personnalité.
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Pour mon cas j’ai toujours préféré me séparer complètement de ce milieu une fois que je suis chez moi. A ce moment là, je redeviens Florian. Quand j’ai commencé, un vétéran m’a dit : “Moussaillon, tu te prends déjà pour le capitaine, calme-toi ou tu finiras à la mer”. Et bien c’est peut être marrant comme métaphore, mais elle m’a permis de réfléchir. J’ai donc fais une gimmick masquée, que j’avais nommé La Miseria, afin de me séparer complètement du personnage : Une fois que j’enlevais le masque, j’étais moi même et bizarrement ça m’a aidé sur beaucoup de points.
 
Direct Wrestling : Tu parles de tes débuts. Justement, on imagine que lorsque tu as annoncé que tu allais devenir catcheur, ton entourage n’a pas forcément été unanime. Comment ça s’est passé ?
 
Louis Napoléon : Personne de ma famille et de mes proches ne pensait que j’allais en faire carrière. Pour eux le catch n’est “pas un vrai métier” et dans un sens ils ont raison. En France et dans beaucoup de pays ça ne l’est pas. Quand j’ai annoncé que je voulais en faire carrière, ils m’ont toujours conseillé de chercher un “vrai travail” et de ne pas m’embêter avec le catch. Mais ils ne m’ont jamais bloqué ou contredit sur mes choix, au contraire. Malgré leur désaccord, ils m’ont toujours soutenu dans mes décisions et m’ont encouragé à aller de l’avant. Quand on aime quelqu’un, on ne lui rend pas les choses plus difficiles.
 
Direct Wrestling : Je crois qu’il n’y a rien d’autre à ajouter à cela. Y a-t-il des rêves que tu as pu accomplir pleinement et d’autres que tu as du délaisser ?
 
Louis Napoléon : J’ai réalisé mon rêve de catcher sur les plus grands rings d’Europe, de catcher dans les Zénith enL’image contient peut-être : 1 personne France devant plus de 10.000 personnes [#BonneEpoque], et surtout celui de voyager, d’aller de l’autre côté du monde, de visiter des endroits que l’on ne visite pas quand on ne connait pas. Mais cela a un prix. Car de l’autre côté, j’ai délaissé ma vie de famille et mon couple. Il faut faire des choix, je veux pouvoir faire ce que j’ai envie avant que mes os et ma santé ne me l’empêchent.
 
Direct Wrestling : Avec ces rêves que tu as réalisé, est-ce qu’aujourd’hui il y a une chose qui te fait dire que tu fais le plus beau métier du monde ?
 
Louis Napoléon : Non, malheureusement. Ce business va de pire en pire et je ne conseille à personne d’en faire son métier. En passion oui, faites-vous plaisir, mais gardez juste en tête que les quelques minutes de gloire sont très chères à payer, notamment au niveau santé.
 
Direct Wrestling : Alors à ce moment là, quelle est la chose que tu détestes le plus dans le métier que tu fais ?
 
Louis Napoléon : Et bien tout ce qui touche au divertissement. Le “Show Business” est un milieu pourri jusqu’à l’os. J’ai vu des choses au delà de l’entendement. C’est l’un des seuls endroits où tu n’es pas maître de ta carrière. Ta carrière ne dépend pas de toi ou de ton talent, mais de tes relations et à quel point tu es ami avec telle ou telle personne. Les gens sont faux, ils te font tous la bise mais te poignardent dans le dos deux minutes après. Et c’est sans parler de la débauche ahurissante qui est présente dans ce milieu… Pour faire simple ? J’aime le catch mais je déteste les gens du catch.
 
Direct Wrestling : De quoi déconstruire certaines illusions, j’imagine. Pour finir, selon toi, quel est l’aspect le plus éprouvant dans le fait d’être catcheur ?
 
Louis Napoléon : Avoir une vie normale et une relation saine. Après chacun son point de vue sur cette question, mais pour mon cas, j’ai appris que voyager en permanence et connaître la distance n’aident pas à me poser et fonder une famille.
 
Direct Wrestling : Je te remercie d’avoir pris ce temps avec moi. Merci de ta franchise, de ton honnêteté et d’avoir pu te confier à ce point là. J’associe toute la rédaction de Direct Wrestling afin de te souhaiter le meilleur pour la suite, quelle qu’elle soit.
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