Derrière le ring News

“J’ai vu les pires shows aux USA et non en France”, Marc ‘White Storm’ Sebire.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
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Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
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Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci.
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Aujourd’hui c’est avec Marc André Sebire, connu en France sous le nom de White Storm, que nous nous sommes entretenus derrière le ring. Expatrié aux Etats-Unis, le fondateur de la Tigers Pro Wrestling est revenu avec nous sur sa carrière, ses déceptions, ses projets et a accepté de nous faire rentrer dans sa bulle et dans le ressenti de son métier. Et nous l’en remercions.
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Bonjour Marc. Vous avez commencé par les sports de combats avant d’en arriver au catch. Qu’est ce qui vous a plu dans cette profession ?
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Marc Sebire : J’ai commencé les arts martiaux à 6 ou 7 ans et j’ai découvert le catch à peu près en même temps. Voir les prouesses athlétiques des lutteurs dans le ring, ça m’a plu directement. J’étais particulièrement impressionné par le standing dropkick et le saut carpé [Rires]. Je me suis donc entraîné tout les jours sur mon lit pour réussir ces moves… La drogue du catch a commencé comme ça.
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Comment a réagi votre entourage lorsque vous avez annoncé vouloir faire carrière dans le catch ?
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Marc Sebire : J’ai toujours dit à mes parents que j’allais faire du catch plus tard mais je ne savais même pas comment il fallait procéder. Ils n’y ont certainement pas cru à l’époque car j’étais maigrichon, mais au moins ils étaient préparés surtout quand j’ai annoncé que j’allais faire mon premier stage de catch en 2002 à la WS. Après ce stage, fini de rêver de devenir catcheur : je me suis dit que je voulais vraiment faire ça.
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J’ai passé quelques mois à l’école de catch avant d’avoir mon premier match… puis un autre quelques semaines plus tard, puis quasiment tout les week-ends, j’ai eu de la chance d’être arrivé au bon endroit au bon moment. Ça n’a pas posé de problèmes particuliers à ma famille, juste ma mère qui avait peur pour moi [Rires].
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Vous affichez sur les réseaux sociaux une belle vie de famille, mais comment arrive-t-on à combiner le fait d’être catcheur, coach, mari et père de famille quand on connaît le rythme de la vie d’un catcheur ?
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Marc Sebire : Ce n’était pas évident au départ, mais à mesure que ma vie progressait, j’ai essayé de privilégier ma famille. Bien entendu, c’est très difficile de concilier tout ça. C’est beaucoup plus facile depuis que je suis aux USA car le catch n’est plus ma priorité.
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Et pourtant, d’après votre parcours, le catch l’a été durant un moment. Car après un passage important à la WS, vous avez créé la TPW dans le sud de la France. Comment tout cela s’est déroulé ?
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Marc Sebire : Créer la TPW a été un pari fou. Déjà je voulais être mon propre patron pour le côté financier d’une part et la liberté d’être son propre patron de l’autre. J’ai pu au travers de ma structure proposer un style de catch différent de ce qu’il y avait à ce moment là en accentuant la performance sportive et le côté combat. Comme je l’ai dit précédemment, c’est ma famille qui passe en priorité et je ne voyais pas mes garçons grandir et/ou évoluer en France à cause des mentalités. Quitter ce que j’ai créé, c’était dur forcément mais j’ai confié la structure à Vince’NT en qui j’ai entièrement confiance. De plus il a apporté une nouvelle fraîcheur à la structure donc c’est tout bénéfique.
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Outre les mentalités comme vous venez de le dire, peut-on savoir quelles sont les raisons qui ont motivé votre choix de quitter l’Hexagone ?
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Marc Sebire : J’ai eu des problèmes avec le système français qui ne fait que de mettre des bâtons dans les roues et qui n’est pas ouvert à la création. J’en avais parlé plus en détail dans mon vieux blog, mais pour résumer j’étais vraiment en colère contre la France et ça a motivé mon départ.
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A partir de ce choix, comment s’est passé votre transition vers les Etats-Unis ? 
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Marc Sebire : J’ai toujours eu pour rêve de partir travailler aux Etats Unis, et bien que je n’y avais jamais mis les pieds, je me suis toujours senti américain : tout ce que j’aimais ou faisais était culturellement américain [Rires], avec l’impression de ne pas être à ma place ici en France. Concrètement, je passais mon temps à déménager constamment, car rien ne me plaisait et je ne me sentais jamais heureux. Du coup j’ai tout fait pour partir aux USA, j’ai du engager un avocat d’immigration et constituer un dossier énorme pour pouvoir partir. Mais je n’avais pas de projets concrets (pas de contrat avec une grosse promotion) juste des bookings avec quelques promoteurs.
C’était un sacré coup de poker, et je ne le regrette pas du tout.
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L’image contient peut-être : 2 personnes, barbeLe résultat est donc le suivant : vous faites partie des catcheurs français qui ont une carrière à l’étranger mais qui sont peu connus en France, du moins du grand public. Selon vous, à quoi cela est dû ?
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Marc Sebire : J’en ai absolument aucune idée, c’est peut-être juste parce que je lutte aux USA car je n’ai pas l’impression d’être connu ici en Floride et mon palmarès était largement meilleur en France.
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Certains catcheurs ont pu me confier que c’était parfois difficile de ne pas arriver à se faire reconnaître dans son propre pays pour le talent qu’on a. Est-ce votre cas ? Si oui, qu’est ce que cela vous fait vivre ?
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Marc Sebire : J’ai la chance d’avoir eu un très bon parcours en France et au bon moment ce qui m’a valu d’être reconnu et récompensé. Du coup c’est plutôt l’inverse pour moi car il a fallut que je fasse mes preuves aux USA.
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Comme dit précédemment, vous avez commencé le catch en France, puis vous êtes parti vous expatrier aux Etats-Unis et vous catchez là bas. Quelle différence faites-vous entre ces deux visions du catch et laquelle vous plait le plus ?
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Marc Sebire : Le catch aux USA fait partie intégrante de leur vie/culture. En France, le catch bénéficie d’une image ringarde. Et étrangement les shows en France ont beaucoup plus de succès avec des salles largement plus remplies et des ambiances de taré que dans les shows indépendants que j’ai pu voir ou auxquels j’ai pu participer. Par contre, en France j’avais pris l’habitude de ne jamais dire que je faisais du catch car les gens ont tout de suite une mauvaise opinion de toi qui “fait semblant de se battre à moitié dénudé” [Rires]Ici c’est le contraire car les gens me félicitent d’être catcheur et savent à quel point c’est difficile et dangereux comme sport. Donc pour répondre à votre question, je préfère l’ambiance et la qualité des shows français mais je préfère le respect que les américains donnent au catch et aux catcheurs.
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On sait que le catch en France n’est pas reconnu comme un métier et qu’il faut majoritairement avoir un emploi à côté pour pouvoir vivre. Vous ne catchez pas en France, mais aujourd’hui vivez-vous pleinement du catch ? 
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Marc Sebire : Je disais tout à l’heure que le catch n’était plus ma priorité, je ne fais donc pas tout ce qu’il faut pour en faire ma source de revenus, je pratique comme un loisir dorénavant bien que je combatte toutes les semaines quasiment. Mon vrai métier c’est donc entraîneur personnel.
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Aujourd’hui, à 37 ans, comment envisagez-vous la suite de votre carrière ? Vous voyez-vousL’image contient peut-être : 2 personnes, personnes souriantes, personnes debout, chaussures et intérieur continuer dans le catch encore un moment ou avez-vous déjà d’autres idées en tête ?
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Marc Sebire : Je ne vais pas combattre longtemps encore. Je ne sais pas encore combien de temps je vais continuer mais c’est sûr que je vais bientôt prendre définitivement ma retraite des rings.
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Selon votre expérience, que faut-il à un français pour réussir aux Etats-Unis ?
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Marc Sebire : Pour un français, ou pour n’importe qui d’autre d’ailleurs, voulant réussir dans la discipline aux USA ou ailleurs, il faut beaucoup d’investissements personnels (entraînements, séminaires, gym, nutrition…), mais aussi la création d’une gimmick (tenue, style in ring, merchandising…), également pouvoir s’adapter à ce que le promoteur attend de toi et surtout avoir les bons contacts et de la chance.
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Envisagez-vous de revenir en France prochainement, que ce soit à la WS, la TPW ou ailleurs ?
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Marc Sebire : Ce n’est pas prévu pour le moment, et je ne sais pas où j’en serais dans ma carrière si je revenais en France. Je serai probablement à la retraite déjà ! [Rires].
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Malgré votre parcours hors normes pour un français, y a-t-il des moments où vous avez regretté les sacrifices ou concessions faits pour le catch ?
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Marc Sebire : Non je ne regrette rien, sans le catch et toutes les décisions prises au cours des années, je ne serai pas où j’en suis aujourd’hui. Tout les sacrifices sont récompensés et je vis confortablement au soleil de la Floride.
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Vous gardez un œil sur ce qui se passe en France ?
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Marc Sebire : J’essaie de suivre sur Facebook ce qu’il se passe et il y a de bonnes choses que je vois de temps en temps mais c’est difficile de donner un vrai avis car je ne sais pas comment est l’état global du catch en France.
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Alors que le catch français peut être critiqué, vous qui catchez à l’étranger, trouvez-vous qu’il y a une réelle différence avec le catch FR ?
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Marc Sebire : Franchement le catch français n’a pas à rougir devant le catch indy américain. Le niveau des athlètes français est très bon et les shows français sont très bons également. Certains critiquent le catch français juste parce que c’est français, mais en toute honnêteté les plus mauvais shows de catch que j’ai jamais vu c’est ici en Floride dans certaines promotions… Heureusement il y a aussi de bonnes compagnies qui proposent des shows régulièrement avec un public fidèle. 
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Y a t-il des rêves que vous avez pu accomplir pleinement et d’autres que vous avez délaissés ?
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Marc Sebire : Mes rêves étaient plutôt simples : je voulais être catcheur et avoir une famille. J’ai réalisé les deux, je suis comblé.
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Concrètement quelle est la suite pour vous ?
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Marc Sebire : Continuer sans stress à lutter à Go Wrestle jusqu’à ma retraite du catch, et plus important tout mettre en place pour donner un bel avenir à ma famille.
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Merci pour ce temps passé ensemble et pour votre franchise. Bonne continuation dans tout vos projets, quels qu’ils soient.
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