Derrière le ring

“J’ai atteint un niveau de « je m’en foutisme » assez élevé”, Peter Fischer.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
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Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
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Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci.
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Aujourd’hui c’est avec l’Artiste Peter Fischer que nous nous sommes entretenus derrière le ring. Le multiple Champion et la référence française est revenu avec nous sur sa carrière, ses déceptions, ses projets et sur sa vision de ce qu’il n’appelle pas un métier en France : le catch.
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Bonjour Peter, merci d’être venu toi aussi te confier derrière le ring. Pour commencer, expliques-moi un peu. Tu t’es mis en retrait du catch depuis un moment. Je sais que ton autre projet professionnel t’as pris du temps, mais était-ce la seule raison ? 
 
Peter Fischer : 2016 a été l’année ou je partais, et me fixer d’autres objectifs, vivre autre chose, car c’était l’envie de monter sur le ring qui m’avait amené à m’installer dans le Nord de la France. Avec ce départ et de nouvelles ambitions en tête, plus stables dirons nous, mi-2016 et l’année 2017 étaient une quasi rupture avec le catch. Je suis quelqu’un de passionné et je ne m’imagine pas faire autre chose que de gagner ma vie de mes passions, ou en tout cas tout faire pour que cela arrive. Et cela implique forcément de s’investir et de délaisser quelque peu d’autres choses.
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Pour tout te dire également, j’entame cette année ma dixième année sur les rings, et même si le catch m’a beaucoup apporté, il ne m’a pas apporté, ici en France, l’élément qui vous fait vous sentir complet : un « vrai » job ! Une fiche de salaire avec toute la « sécurité » que cela implique (chômage, retraite, assurance), vous pouvez rentrer chez vous sereinement et vous dire que malgré toutes les difficultés et le temps passé sur la route vous faites votre métier pour autre chose que votre gloire personnelle ou pour quelques deniers…
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Et m’efforcer de mettre cela en place, de m’investir pour que cela se fasse n’est pas un problème, mais il faut des projets, des leaders qui vont au bout et avec un plan cohérent et ce n’était pas le cas à ce moment là. Espérons que cette année apporte quelques changements à ce niveau, en tout cas je m’en fais moins car désormais je suis également mon propre patron dans un secteur qui me passionne et qui se développe, donc les désagréments du catch en France ont moins d’impact sur moi.
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Après comptes sur moi pour toujours délivrer le meilleur de moi-même dans le ring et puis question forme, comme je travaille dans le milieu sportif et que je suis un passionné, peut-être bien plus que le catch, je serai toujours là physiquement. Et encore une fois, s’il y a un projet sérieux et cohérent et si les choses venaient à changer, comme tout le monde je serai prêt à revoir mes priorités. Mais il faut bien entendu des garanties.
 
L’image contient peut-être : 1 personne, barbe et texteD’accord, donc nous allons pouvoir à nouveau te voir sur les rings cette année mais toujours moins qu’avant ?
 
Peter Fischer : Comme je l’avais expliqué le fait d’être gérant d’une entreprise implique pas mal d’obligations et d’investissements, surtout en terme de temps. Mais je m’étais fixé pour objectif de pouvoir me libérer sur certaines dates en 2018 pour pouvoir revenir de manière régulière sur les rings. C’est donc en passe d’être réalisé, 2018 me dira bien si les deux activités sont compatibles et si j’arrive à gérer toutes mes ambitions dans chacune d’entre elles.
 
Je sais que tu es en couple et je voulais savoir comment tu vivais et comment vous vivez tes absences et la distance due au catch ?
 
Peter Fischer : Disons que des absences pour le moment il n’y en a plus énormément. Après le raisonnement est très simple pour moi désormais : ma compagne n’est pas fan de catch et dans notre vie de tous les jours le catch est inexistant, pas de dvd, pas de poster, rien, quelques uns de mes articles trainent dans mon bureau, comme un masque, un t-shirt ou un drapeau [NDLR : Que vous pouvez commander en envoyant un Message Privé à Peter en cliquant ici], je ne touche pas une vraie fiche de paie, et bien ce n’est pas mon activité principale, et donc si ce n’est pas mon activité principale et bien je suis sélectif avec mes dates et je ne pars pas tous les week-ends (de part mes obligations avec mon autre activité je ne peux plus de toute manière).
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Quand vous êtes jeunes, célibataires ou que vos proches sont issus du même monde que vous, il faut foncer et c’est compréhensible, dans l’autre cas, quand ce n’est pas l’activité principale, celle qui met le steak (ou le steak de soja pour les vegans) dans votre assiette, vous faites comme vous pouvez et vous vous arranger, mais il y a des compromis à faire. Si les choses devaient devenir sérieuse au niveau du catch en France, ou dans mon cas personnel, et bien on se réorganise et on redéfinit les priorités.
 
En parlant de se réorganiser, il y a maintenant deux ans, Lucas Di Léo, Cormac Hamilton et toi aviez teasé “La Solution”. Quel était vraiment ce projet ?
 
Peter Fischer : Tout d’abord cette idée, qui n’est pas vraiment allé plus loin, était celle de Lucas, et le « projet » avait du potentiel. L’idée était tout simplement de créer une faction et de dérouler cela sur plusieurs promotions, afin d’emmener tout le monde vers le haut. Imaginez… Chaque promotion en France n’a que quelques « gros » shows, voir même pas de « gros » show… Comment mettre en place un véritable engouement, un vrai suivi ? En regroupant certains catcheurs (dont des catcheurs stars en France s’opposant à cette Solution), permettant ainsi de communiquer et de faire sortir du lot plusieurs promotions.
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Je ne vais pas te faire de dessin en te disant que vu les égos et l’amitié entre toutes les structures, que cela a vite dû être abandonné. Et nous n’avions pas eu le temps d’avoir affaire aux profiteurs prêts à faire n’importe quoi pour un rayon de lumière, ouf !
 
Magnifique transition, je te remercie ! Tu as justement fais le procès fréquemment de l’état d’esprit dans le catch français. Lorsque ça persiste, comment ne pas en être complètement lassé ?
 
Peter Fischer : A vrai dire, aujourd’hui je m’en fous un peu maintenant, et puis j’ai de bons copains aussi dans ce milieu, c’est comme toute activité au final. Mais il y a tellement de problèmes à régler, le plus pressant, étant je pense au niveau législatif, faire ou refaire exister le métier de catcheur. Et beaucoup de choses découleront ou se régleront par là.
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Après, ce qui m’embête souvent c’est de voir de jeunes catcheurs montés en vedettes de manière très rapide par des promoteurs qui s’imaginent tenir la prochaine perle… En faisant cela le promoteur se tire juste une balle dans le pied et fais également du tort à son « espoir ». Vous avez déjà vu un sport qui met en match vedette des débutants, même avec un très fort potentiel ? Un débutant reste un débutant, même en le mettant en maint-event… Ce qui me surprendra toujours c’est l’incohérence totale de certains « promoteurs » à monter un show. Et bien on arrête d’y penser et on s’investit dans autre chose au bout d’un moment.
 
Quand on a connu le sommet du catch français comme toi et qu’on retourne loin des rings, est-ce qu’être dans la lumière est quelque chose te manque  ?
 
Peter Fischer : C’était un petit sommet comme les Vosges alors ! Je préférerai « Quand on est un Artiste comme toi, est-ce que le retour… » [Rires]. Non pas vraiment, je ne me suis pas fait des milliers d’euros en étant catcheur, je n’ai pas connu une gloire phénoménale, je n’ai pas été partout, donc ça va je gère quand même, heureusement d’ailleurs.
 
Et regrettes-tu des sacrifices que tu as fait pour arriver à “ce petit sommet” ? L’image contient peut-être : 1 personne, barbe
 
Peter Fischer : Oui et non. Oui pour le temps et l’énergie investit et pour le peu de résultat du catch en France… Il n’y a plus de vraie structure de référence qui enchaîne les shows et les grosses audiences, nous ne sommes toujours pas reconnus, j’ai l’impression que le statut, l’activité tant en terme de shows que de « droits » des catcheurs a régressée, même si les talents, le niveau in-ring et l’engouement des fans a très largement augmenté. Et non car sinon je ne serai pas devenu une référence, du moins dans le catch en France, et je ne répondrai pas à ton entrevue en ce moment-même, et ce serait dommage.
 
Tu as catché de partout en Europe, tu as été titré Champion par Equipe à la wXw mais également dans de multiples fédérations en France. Après ton parcours, quelle est ta vision du catch aujourd’hui ?
 
Peter Fischer : Partout non, 4 ou 5 pays, l’Europe est vaste et j’ai encore de belle perspectives, on verra ce que 2018 nous apporte au niveau français déjà. Je pense que je t’ai un peu délivré ma vision du catch au fil de tes questions mais on peut résumer ainsi : si ça marche tant mieux, si ça marche pas tant pis… Honnêtement j’ai atteint un niveau de « je m’en foutisme » assez élevé. Alors qu’on soit bien d’accord, je parle bien de la vision du catch, ceux qui me connaissent savent très bien qu’en terme d’attentes et de respect pour les shows je serais toujours très exigeant avec moi-même. Mais tout ce qui est en-dehors de mon cercle, cela vaut-il la peine de s’en faire ? Non dans mon cas.
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Ça a le mérite d’être clair. Tu es l’un des catcheurs français de renom et avec une des plus grandes carrières. As-tu déjà vécu de vraies déception qui t’ont poussé à remettre en question le catch ?
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Peter Fischer : Merci. Oui surtout les déceptions de début, lorsque l’on est confronté à la dure réalité du catch, les trajets, les attentes, les projets avortés, les promoteurs fantaisistes… Je l’ai d’ailleurs remis en question et relégué comme je l’évoque plus haut.
 
Tu évoques la dure réalité du catch. Quand on sort du ring, quelles sont les plus grosses difficultés au quotidien ?
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Peter Fischer : Avoir un autre job la semaine, enchaîner… Ne pas cotiser ni au chômage, ni à la retraite, se dire qu’on fait ça « à vide ». Ne pas créer quelque chose de stable, de durable, oui ! Je pense que c’est ça ma plus grande déception, du moins me concernant pour le cas de la France. Les shows que l’on fait ne s’inscrivent même pas dans un suivi, une continuité de mois en mois… tout est déconstruit. Il y aurait tellement à créer et à bâtir si l’on était organisés et compétents dans chaque domaine. La wXw est un modèle de petite structure devenue grande grâce à cette énergie et à cette organisation qui leur a permis d’engranger show sur show et de mettre en place des storylines. Vive YouTube d’ailleurs, tellement de choses seraient possibles. A suivre, espérons !
 
A tes débuts, comment tes proches ont réagi lorsque tu as annoncé que tu voulais te lancer dans le catch ?
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Peter Fischer : Et bien j’ai débuté le catch en étant en étude de sport parallèlement, donc je pense que mes proches voyaient cela comme une passion, un loisir à côté. Le principal était que je ne me fasse pas mal. Si les proches peuvent ne pas comprendre c’est totalement logique : vous voulez faire de votre métier une activité qui n’est pas référencée comme métier dans votre pays, il n’y a pas de vraies écoles ou centre de formation ce sont des associations, dirigées par des personnes dont vous ne vous fondez que sur la réputation. Il n’y a pas d’argent à se faire, tout le monde vous le dit et les places sur un ring valent chère… Vous soutiendriez votre enfant ou un proche dans ce genre de plan foireux ? Moi je lui répondrai « T’es sûr ? Non parce que pute t’as peut-être plus de facilités et d’avantages… ».
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Si vous voulez vous lancer dans le catch, acceptez les critiques de vos proches, essayez de les comprendre, faites en sorte d’avoir un plan de sécurité, et surtout faites ce que vous avez à faire de votre côté et REUSSISSEZ, peu importe l’échelon de réussite, mais le meilleur moyen de convaincre vos proches que vous n’êtes pas fou c’est de réussir dans ce que vous entreprenez. Et sinon renoncez, c’est aussi un aveux de réussite dans certains cas, et vous aurez de toute manière gagné en expérience.
 
Y a t-il des rêves que tu as pu accomplir pleinement et d’autres que tu as délaissé ?
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Peter Fischer : Je préfère laisser les rêves au rêve… J’ai pu devenir mon propre patron comme c’était mon ambition de jeune lycéen. J’ai pu monter sur un ring et devenir une référence en France, c’est plutôt une fierté. J’ai quelque peu délaissé celui de vivre du catch ou de construire quelque chose de stable dans le catch. Ah j’ai abandonné ma volonté de me transformer en super guerrier…
 
Et y a-t-il quelque chose que tu détestes dans ce que tu fais ?
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Peter Fischer : On parle du catch ? Sinon pour mon activité actuelle : les papiers, l’administration française… Mais globalement comme je suis dans l’univers de la forme et le sport c’est COOOOOOOL ! Créer, développer, communiquer, échanger-partager ma passion, travailler pour moi c’est ce que je préfère !
 
Avec ton expérience, qu’est ce qui est le plus compliqué dans le fait d’être catcheur ?
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Peter Fischer : Ne pas être déclaré. Que les structures françaises n’aient pas de projets (peu importe lesquels) dans lesquels inscrire une continuité, développer quelque chose.
 
Y a-t-il une chose ou des choses qui te font dire que tu fais le plus beau « métier » du monde ?
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Peter Fischer :  Et bien je réponds à tes questions sur mon temps de travail, c’est pas génial ça ? [Rires] Plus sérieusement, côté catch, vous, rédacteurs et fans, me faites réaliser que je fais le plus beau « métier » du monde , par l’intérêt dont vous me témoignez. L’occasion pour moi de vous remercier très sincèrement car vous êtes sans conteste le moteur de toute cette motivation à revenir sur les rings et de tout donner pour vous divertir ! Merci à vous de faire exister Peter Fischer !
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Merci à toi Peter, et bonne continuation dans tes projets quels qu’ils soient.
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