Derrière le ring

“Tu catches gratos, payes ton voyage et te dis pro ? Arrête tes conneries”, Pauline.

Le catch est une passion que partagent des millions de personnes à travers le monde. C’est ce sport divertissement qui fait vibrer tant de fans, qui vient créer des émotions uniques et de courts instants d’une intensité rare que peu ont pu retrouver ailleurs. Tout brille sous les projecteurs, la musique nous fait nous lever et les impacts sur le ring viennent à nos oreilles comme des sons familiers et paradoxalement agréables.
.
Mais que se passe-t-il lorsque les lumières s’éteignent, que la salle se vide et que le ring ne tremble plus ? Derrière leurs vêtements d’apparat, que ressentent ces Superstars qui nous émerveillent tant ? Je mets au défi la plus grande majorité d’entre nous de le crier haut et fort. Pourquoi ? Car trop peu de gens le savent. Une fois les bottes rangées dans le sac, la Superstar redevient une personne comme une autre, avec ses doutes, ses craintes, sa colère, mais également ses joies, ses satisfactions et ses rêves.
 .
Au travers de nos rencontres avec les plus grandes figures du catch français, c’est tout ces sujets là que nous voulons aborder. Ce sont toutes ces choses là qui sont tellement peu évoquées et qui poussent à construire, souvent, une vision erronée de ce paysage tant admiré. Derrière le ring, c’est cet espace que nous voulons donner pour aborder tout ceci.
 .
Aujourd’hui c’est avec Pauline que nous nous sommes entretenus derrière le ring. La multiple Championne et l’une des référence française est revenue avec nous sur sa carrière, ses déceptions, ses projets et a accepté de nous faire rentrer dans sa bulle, dans son intimité et dans le ressenti de son métier. Et nous l’en remercions.
.

Bonjour Pauline, merci d’être venue toi aussi te confier derrière le ring. Pour commencer, expliques-moi un peu. Tu es absente des rings et des réseaux sociaux depuis de longues semaines. Peux-tu m’expliquer les raisons de cette absence ?

Pauline : Sans rentrer trop dans les détails sur ma vie personnelle, j’ai dû soigner une blessure que je me suis faite à la salle de musculation, une belle déchirure musculaire qui m’a éloigné du ring pendant plusieurs semaines. Je me suis fait une grosse entorse de la cheville en plus de ça, il y a plusieurs mois, et qui a mal été soignée donc il a fallu que je me remette de tout ça. J’ai eu ensuite pas mal de soucis personnels où j’ai dû me concentrer sur ma famille. Je n’avais pas le coeur à partager sur les réseaux sociaux car ça a été une période assez difficile. On a des fois des périodes de merde dans la vie bah moi fin 2017 c’était la mienne. 

D’accord, car je m’étais sérieusement demandé si cette absence pouvait être en rapport avec une certaine lassitude du catch également ?

Pauline : Lassée non, le jour on j’en aurais marre je partirais. Je me prends peut être moins la tête maintenant par rapport à mes débuts. Mais j’ai toujours autant de plaisir à participer à un show ! Je prend toujours du plaisir à dessiner mes prochaines tenues, une est d’ailleurs en cours. J’ai repris les entraînements depuis plusieurs semaines et j’ai vraiment hâte de remonter sur le ring !

L’image contient peut-être : 2 personnesTu es justement depuis quelques années dans le milieu du catch, tout en étant jeune toi même. Comment vois-tu ton avenir aujourd’hui ?

Pauline : J’ai eu 24 ans il y a quelques jours… et dire que j’ai commencé mon tout premier entrainement à 13 ans, je me sens vieille ! [Rires]. Je sais que je ne ferais pas du catch pendant encore 10 ans, au bout d’un moment t’as quand même envie d’avoir une vie plus “posée” je pense, avec moins de déplacements etc, mais pour le moment je pense que j’ai encore pas mal de choses à faire. Il y a des objectifs que je n’ai pas encore atteints donc je me donne encore quelques années.

A propos d’une vie plus posée : Ce n’est plus un secret, tu es en couple avec un catcheur. Comment gérez-vous la distance, vos absences dues à votre métier ?

Pauline : Je pense que c’est moins compliqué quand tu vis ça à deux. On a la chance de faire la même chose, de s’entraîner, de faire nos déplacements ensemble la plupart du temps. Pour ce qui est de nos absences, nos familles sont habituées maintenant et nous aussi, même si des fois je pense que ça les gonfle un peu [Rires].

Le fait de peu voir ta famille, ça ne te fais pas regrette des sacrifices ou des concessions que tu as fait dans le passé ?

Pauline : Regretter non, mais disons que je ferai peut-être certaines choses différemment. Quand tu te donnes à fond pour ce sport, tu sacrifies quand même beaucoup de ta vie de famille. Tu vois moins tes proches parce que tu n’es pas là pendant plusieurs weekends, des fois même des semaines entières parce que tu es en déplacement très loin. Après je ne regrette pas du tout parce que j’ai vécu de très belles choses et j’ai passé de très bons moments. Mais il est vrai peut-être que pour certains événements avec ma famille, j’aurais réfléchi à deux fois.

D’accord. Tu me parles de longues absences lorsqu’on est loin et tu es d’ailleurs l’une des rares catcheuses française à avoir tourné de partout en France et dans certains pays d’Europe. Tu nous avais parlé de tes rêves de catcher au Japon et au Mexique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pauline : C’est toujours d’actualité oui, ça fait partie des choses que j’aimerai faire dans ma vie. J’ai été contacté par des structures dans ces pays la, ce n’est pas un projet qui se fait comme ça il faut un peu de temps. Quand ça se concrétisera j’en dirais plus.

Sur un tout autre sujet que j’ai peu abordé jusque là, parlons un peu de la place des femmes dansL’image contient peut-être : 1 personne, danse, chaussures, salon, terrain de basketball et intérieur le catch. Quel regard portes-tu sur la considération de la femme dans ce milieu ?

Pauline : Je n’ai jamais eu de problèmes, des fois tu as des spectateurs ou des organisateurs qui sont surpris de l’intensité des matchs féminins, ils pensaient peut être qu’on allait juste se tirer les cheveux… mais dans les vestiaires nous sommes autant respectées que les catcheurs, il n’y a pas de différence.

Et as-tu déjà reçu des messages “déplacés” ou intrusifs ? Si oui, comment vit-on ces moment là ?

Pauline : De la part de catcheurs ou de promoteurs, jamais, mais de fans oui, plusieurs fois. Après pour certains, tu es quand même obligée de rire parce que tu reçois vraiment des choses bizarres, comme tu as aussi des choses super gentilles. Mais j’ai eu plusieurs demandes en mariage, ou des personnes qui voulaient à tout prix savoir mon adresse pour venir faire de la lutte avec moi, chez moi…

Ça fait partie du “jeu” aussi je pense, des fois tu reçois aussi juste une photo, pas de texte rien, juste une photo. Un gars devait s’ennuyer et il t’envoie une (ou plusieurs) photo(s) de sa teub… Tu cherches pas à comprendre [Rires]. Et t’as aussi des fans qui t’envoient des messages super gentils, où ils te soutiennent, certains depuis tes débuts. Donc non franchement j’ai pas à me plaindre !

Alors selon toi, quelles sont les plus grosses difficultés quand on est catcheuse, au quotidien ?

Pauline : Les gros hématomes que tu as après un show c’est des fois assez compliqué dans la vrai vie. Les blessures que tu te fais des fois, où tu sais que tu vas galérer pendant plusieurs jours pour faire les choses du quotidien. Où quand tu rentres le dimanche soir d’un show, ou plutôt le lundi matin vers 8h, que t’as un rendez-vous à 10h… et que tu dois être à la salle de sport à midi. C’est la course !

Quelles sont les choses que tu détestes dans le métier que tu fais mais également celles que tu préfères ?

Pauline : Que je déteste non, pas à ce point mais y a une chose avec laquelle j’ai vraiment du mal, c’est la route. Quand le vendredi tu catches à Lille et que le samedi tu catches à Marseille, c’est vraiment super chaud. Tu passes ta nuit sur la route, c’est pas forcément très reposant. T’as aussi les personnes du milieu, beaucoup te le diront mais ça parle pas mal, ça te crache beaucoup dessus et ça se prend pour des superstars. Des fois tu apprends même des choses sur ta propre vie, et dont tu n’étais pas au courant ! [Rires].

Et la chose que je préfère je dirais rencontrer le public, t’as des personnes vraiment super qui font le déplacement exprès, certains se tapent plusieurs heures de route pour venir te voir. Donc rencontrer les fans, avoir du soutien, voir qu’ils sont super heureux d’être là c’est une super récompense ! Et j’ai aussi, parce que dans le milieu y a pas que des lèches cul non plus, fait de très belles rencontres !

L’image contient peut-être : une personne ou plusJ’imagine que ça a déjà du t’arriver : Comment vit-on les moments gênants, malaisants lorsqu’on est sur le ring ?

Pauline : Sur le moment il y a certaines choses que tu vis mal forcément, tu as juste envie c’est de te barrer du ring. Mais après quand tu y repenses, tu en rigoles. Sur le coup c’est gênant mais après c’est toujours des anecdotes à raconter.

Quelques exemples, une fois pendant un match mon adversaire a trop tiré sur mon short et je me suis retrouvé “les fesses à l’air” devant tout le public j’étais mal…Et pendant ce même match mon haut s’était décroché, en gros j’ai failli finir à poil quoi [Rires].

Est-ce que c’est si facile de dire “non” à un promoteur, un booking avec la pression que cela peut mettre ?

Pauline : Je dirais pas que c’est facile mais si tu penses que ce qu’il te propose ne te correspond pas alors il faut dire non tout simplement. J’ai déjà refusé certaines choses parce que ça ne me correspondait pas. Et après t’as une autre catégorie : des gars qui te proposent des trucs… genre aller dans un hôtel et faire de la lutte avec la personne, et plus si affinité tu vois… Ou des personnes qui veulent te payer si tu leur donnes tes sous-vêtements, ou des photos nues de toi… Je pensais pas qu’en faisant du catch j’aurais ce genre de propositions.

J’imagine ! Toi qui est entraînée et qui prend cela très au sérieux, qu’est ce que ça te fait vivre quand un promoteur te demande de catcher face à une fille qui ne maitrise pas encore ce qu’elle fait ?

Pauline : Alors ça dépend. Si la fille en question s’entraîne et que tu vois qu’elle veut vraiment faire ce sport et faire les choses bien ça ne me pose pas de problème au contraire ! Quand j’ai commencé je me donnais à fond, je demandais des conseils aux “anciens”, ce que je fais toujours, je me suis vraiment bougé le cul pour faire ma place.

Par contre après si c’est juste une nana qui a fait un ou deux stage dans sa vie, qu’elle trouve ça suffisant, et qui se prend pour une super pro alors qu’elle ne sait même pas faire une chute la oui ça me pose un problème. Surtout qu’en général ce genre de nana te crache dessus après et vont catcher gratos. Parce que ça aussi c’est un problème. Tu catches gratos, certains payent même leur voyage, et après ça se dit pro ? Faut arrêter les conneries. Je pense quand même que quand tu respectes un minimum ton travail, tu es censée être payée.

L’image contient peut-être : 2 personnes

Tu m’avais déjà dit que l’un des problèmes dans le catch était la mise en avant de certains catcheurs/ses qui n’avaient encore rien fait et qui ne le méritaient pas. Qu’en penses-tu aujourd’hui, est-ce quelque chose qui a changé ?

Pauline : Mon opinion n’a pas changé : pour faire ce sport il faut s’entraîner très dur. Tout se mérite avec du travail, on ne devient pas catcheur ou catcheuse avec un entraînement, ce sont des années de travail que ce soit catch ou musculation. Je trouve ça juste dommage pour l’image de ce sport, qui est quand même dégueulasse chez pas mal de personne, de mettre en avant des personnes qui n’ont pas encore totalement le niveau ou pas le niveau du tout… Après je rejette pas forcément la faute sur les catcheurs/catcheuses, il y a des promoteurs qui veulent mettre en avant leurs “élèves” mais c’est pas forcément le bon moment.

Merci à toi pour cette entrevue Pauline et bonne continuation pour la suite ! Tu reviens quand tu veux, c’est toujours un grand plaisir.

error: Suite à plusieurs plaintes, le clic-droit est désormais activé.